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Livre VS Film - Blade Runner : des univers différents

Blade Runner, avant d'être un film de Ridley Scott, est un roman du maître de la science-fiction : Philip K. Dick. Mais ces deux oeuvres s'opposent sur bien des points.

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 29 janvier 2010 à 00h00 ,
MAJ le 29 janvier 2010 à 01h11 - 0 commentaire(s)

Blade Runner est un classique de la science-fiction, littéraire et cinématographique. Mais il est rare qu'un film prenne autant d'ascendant sur l'œuvre dont il est l'adaptation, au point de faire changer le titre du roman. Le roman de Philip K. Dick s'est en effet vu renommé après le succès du film de Ridley Scott. A l'origine, il s'intitulait : « Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? »...

 

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Un livre, un film : deux titres

 

En quoi ce changement de titre peut-il être considéré comme révélateur ? Dans l'œuvre de Philip K. Dick, le personnage principal, Rick Deckard, est un blade runner (un policier chargé de traquer et tuer les androïdes en fuite). Mais il a une obsession, qui le ronge : Rick Deckard veut posséder un vrai mouton.

 

En effet, dans l'univers de l'écrivain, la Terre a été dévastée lors de la Guerre Mondiale Terminus. La race humaine a survécu, mais presque tous les animaux sont morts. La société considère donc comme un devoir d'en posséder un. Seulement, les animaux sont rares, donc assez chers. Comme il est amoral de ne pas prendre soin d'une bête, des sociétés en ont créé des ersatz : des animaux électroniques, ressemblant à s'y méprendre aux véritables. Rick Deckard est le malheureux propriétaire d'un mouton électronique, et souhaite à tout prix en acquérir un vrai.

 

Le film de Ridley Scott a choisi le titre de Blade Runner, l'obsession pour la possession d'un animal y étant occultée. L'attention est davantage portée sur le personnage interprété par Harrison Ford (Rick Deckard donc), sur son métier et sur ses conséquences. Il semble mettre de côté ce qui est l'une des thématiques principales du livre de Philip K. Dick

 

 

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Deux visions de la Terre post apocalypse

 

Alors que le sort des animaux et la création des bêtes robotisées tiennent une place majeure dans le roman, le film ne fait que mentionner, en arrière-plan, ces thématiques. Comme lorsque Rick Deckard se retrouve plongé dans un marché vendant des animaux électroniques. Et le Blade Runner ne rêve jamais de mouton !

 

De même, la Terre post Guerre Mondiale Terminus décrite dans le livre de Philip K. Dick est bien différente de celle de Ridley Scott.

Dans l'œuvre littéraire, la grande majorité des humains qui ont survécu ont fuit la Terre pour les colonies spatiales. Les rues sont vides, la planète est enfouie sous la poussière radioactive. Ceux qui restent dans ce monde mort et mortel le font soit pour des raisons inexplicables et imprudentes, soit parce qu'ils n'ont pas réussi les tests d'intelligence et les tests physiques. Dans ce dernier cas, ils sont considérés comme « spéciaux », et sont donc obligés de rester dans ce monde détruit. Chez Philip K. Dick, la société s'est reconstituée en système de castes, basé sur la génétique et le Q.I.

 

 

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L'univers du film de Ridley Scott est différent : la foule se masse dans les rues sombres et étouffantes. L'existence des colonies est rapidement mentionnée, celles des « spéciaux » et des tests d'intelligence sont quasiment occultées.

Mais le film n'en oublie pas totalement ces thématiques. Vous pouvez apercevoir des personnes aux comportements étranges dans les rues bondées (les spéciaux). De même, la scène d'ouverture avec Léon mentionne l'existence des tests d'intelligence.

 

Chez Philip K. Dick, il existe enfin un personnage nommé J.F. Isidore, considéré comme « spécial » à cause de son Q.I. trop bas. Chez Ridley Scott, il est devenu J.F. Sebastian, génie intellectuel, mais souffrant d'une grosse faiblesse physique, et donc exclu.

L'œuvre de Philip K. Dick parle aussi d'éléments réellement inexistants dans le film de Ridley Scott, et qui ont pour but de définir l'humanité : les boîtes à empathie et le mercerisme. Les boîtes à empathie permettent à tous les hommes de se connecter en conscience, de partager leurs sentiments, en se réunissant dans l'esprit d'un vieil homme appelé Mercer. Il s'agit là d'une nouvelle religion, qui prône la communication des esprits et surtout, le soutien mental et la solidarité entre les hommes : l'empathie. Comme celle que chaque être humain se doit d'éprouver pour les animaux vivants. Mais cette religion est aussi un moyen de contrôle de la population.

 

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L'empathie : une qualité humaine

 

Le film oublie-t-il pour autant l'idée profonde qui est derrière l'existence des animaux électroniques et du mercerisme ? Pas tout à fait. Mais il l'exploite de manière différente.

Pourquoi est-ce si important de posséder un animal chez Philip K. Dick, ou de suivre la morale du mercerisme ? Parce que cela est une preuve d'empathie. Que ce soit dans l'œuvre de l'écrivain ou dans le film de Ridley Scott, ce besoin de solidarité et de contact est une capacité décrite comme humaine, et que les robots ne peuvent donc pas avoir... Normalement.

 

Les blade runners différencient ainsi les androïdes des hommes. Le robot ne possède pas d'empathie : les machines sont des ordinateurs. Un ordinateur se soucie-t-il du bien être des personnes qui l'entourent ? Ici, non.

L'empathie se mesure par un test. Souvent cité dans le livre, il apparaît deux fois dans Blade Runner : dans la scène d'ouverture, et lors de la première rencontre entre Rick Deckard et Rachel, une Replicant qui ignore sa véritable nature.

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