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Livre VS Film - L'Homme qui voulait vivre sa vie : dans une âme tourmentée

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 03 novembre 2010 à 07h00 ,
MAJ le 03 novembre 2010 à 09h10 - 0 commentaire(s)

Changement radical de registre pour Eric Lartigau, que l'on connaissait par ses comédies. Le réalisateur a décidé de s'attaquer au best-seller du « plus français des écrivains américains » : L'Homme qui voulait vivre sa vie, de Douglas Kennedy. Un sacré challenge ! Le roman, un bon pavé de 500 pages environ (cela dépend de la collection), possède une intrigue riche. Un voyage dans l'espace et dans la psychologie d'un héros torturé et déchiqueté, mais aussi un hymne à l'espoir et à la renaissance. Résultat ?
 
 
Des USA à la France
 
Premier élément qui sautera aux yeux des lecteurs : le roman se situe aux Etats-Unis, chez les WASP friqués de Manhattan vivants dans les riches, calmes et ennuyantes banlieues proches de New York. Mais, à réalisateur et production français, le film a été tout logiquement transposé en France, entre les beaux quartiers parisiens et les banlieues riches, calmes et tout aussi ennuyantes pour qui rêve d'aventures, de grands espaces et non de prisons dorées. Le héros, Ben, devient Paul. Profession : avocat. Profession rêvée : photographe. Le village paumé du Montana dans lequel notre héros ira se réfugier devient un petit patelin tout aussi perdu de Serbie. Une transposition dans l'espace qui, en définitive, ne change rien à l'intrigue roman / film. L'esprit demeure bel et bien le même.

 

 

L'homme qui voulait vivre sa vie de Eric Lartigau

 


Un roman psychologue difficile à adapter
 
Le roman de Douglas Kennedy met en scène un personnage narrateur : c'est le héros du livre qui raconte les (més)aventures lui arrivant. On le sait, il est assez difficile, dans ce cas, de réussir à transposer, dans un film, toutes les réflexions internes du héros, sauf à utiliser la voix off. Un système rarement judicieux, souvent plombant. Comment faire, dès lors ?
 
Tout d'abord, la mise en scène doit se concentrer uniquement autour de ce personnage. Ben / Paul est interprété par Romain Duris, et est de quasiment tous les plans du film. Eric Lartigau concentre sa caméra sur son héros, le suit, le scrute, l'ausculte. Et si Romain Duris n'est pas à l'écran, le réalisateur fera appel à une caméra dite subjective : filmer ce qu'observe le héros... Le film met le spectateur soit en compagnie constante du personnage, soit à sa place. Toutefois, il reste très difficile, même dans ce cas, de réussir à retranscrire les nombreuses pensées et émotions présentes dans un roman : se trouver à l'intérieur du cerveau d'un personnage, partagé toutes ses réflexions les plus obscures, est quelque chose de beaucoup plus facile dans la subjectivité d'un livre que d'un film. Car si les images donnent un visage à une émotion, elles ne possèdent pas forcément la puissance d'une pensée ou d'une réflexion écrites sur le papier. Sauf si...
 
... Sauf si l'acteur chargé d'incarner ce fameux héros est capable de faire ressentir, à travers le moindre de ses gestes, la moindre ombre dans le regard, ses pensées les plus personnelles à un personnage. Et le film a réussi ce challenge. Car, sans conteste, le point fort de l'œuvre cinématographique d'Eric Lartigau est bien Romain Duris. L'acteur, encensé dans chacun de ses rôles, possède en effet cette capacité à faire ressortir à fleur de peau chacune de ses émotions. On se souvient ainsi, dans Le Péril Jeune de Cédric Klapish, de cet incroyable plan final de l'acteur (tout jeune à l'époque) passant en quelques courtes secondes d'un visage rieur à une expression mélancolique, pensive. Dans L'homme qui voulait vivre sa vie, Romain Duris réussit ce prodige pendant toute la durée du film. Il regarde son enfant avec tendresse avant qu'une ombre ne passe sur son visage, dans laquelle se lit toute la tristesse et l'amour du monde. L'acteur livre une magnifique performance (direction les César...) qui égale toute la puissance psychologique du personnage de Douglas Kennedy. Et heureusement ! Car si le roman et le film sont des voyages dans l'espace, ils sont avant tout des voyages dans les méandres d'une conscience.

 

L'homme qui voulait vivre sa vie de Eric Lartigau


 
La quête de vie d'un homme déchiré
 
L'Homme qui voulait vivre sa vie est à mi-chemin entre le « thriller », l'étude psychologique et le roman / film de voyage. C'est un habile mélange des genres. Pour rappel, les deux œuvres suivent Brad / Paul, qui, après avoir découvert que sa femme a un amant, le tue accidentellement. Préférant éviter à ses enfants et à sa famille de subir la honte d'un père et mari assassin, le héros décide de mettre en scène sa propre mort, de prendre l'identité de l'homme qu'il a tué, et de partir, loin, pour tenter de reconstruire une nouvelle vie sous ce nouveau nom. Or, cela tombe bien, oserions-nous dire, car Paul a toujours rêvé d'être un photographe mais s'est dirigé vers une carrière juridique sous la pression de son père (dans le roman, élément absent du film). Et l'amant de sa femme... était photographe. Il s'agit de détruire une vie pour endosser un rôle, le rôle rêvé. Mais ce rêve exige des sacrifices : l'abandon de toute son existence. Paul va ainsi fuir et devenir celui qu'il voulait être, tout en ne pouvant ne l'être totalement, par peur que la supercherie ne soit dévoilée. Entre réalisation d'un rêve et paranoïa constante, le héros va tenter, après s'être détruit, de se reconstruire.
 
Le film d'Eric Lartigau suit assez fidèlement le point de vue psychologique du roman de Douglas Kennedy. Il faut dire que Paul est typique des autres personnages de l'écrivain : des êtres qui ont des idéaux, mais qui doivent se débattre contre les carcans de la société, souvent en s'autodétruisant, pour vivre enfin la vie tant rêvée. Il s'agit là du point central du roman, qui devient la seule intrigue (réussie, comme dit précedemment) du film. Car, pour développer cette large et difficile thématique, de sérieuses coupes ont en effet dû être faites dans les intrigues secondaires, concernant l'entourage de Paul. Les personnages se voient en effet quelque peu sacrifiés.


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