
Fidélité à l'univers de C.S. Lewis
Qui n'a pas rêvé, à la lecture des nouvelles de C.S. Lewis consacrées à Narnia, de poser le pied dans cet univers proche du Paradis ou des Champs-Elysées grecs ? Paysage somptueux, créatures fantastiques... Narnia est une vision fantastique d'un monde qui est l'équivalent, pour l'écrivain, de ce que pourrait être le paradis. Les films ont compris tout le potentiel visuel de ces histoires, de leurs paysages merveilleux et de leur bestiaire directement sortis de la mythologie gréco-romaine.
Et, tout comme C.S. Lewis s'était bien inspiré de Tolkien pour créer ce monde, les films ont décidé de choisir (sous la houlette de Disney, et maintenant de la Fox) de suivre l'exemple (et le succès) du Seigneur des Anneaux de Peter Jackson pour prendre forme. Une décision logique, les somptueux paysages de la Nouvelle-Zélande, bien qu'encore plus magnifiés, offrant un splendide écrin à cet univers fantastique, tandis que les petits génies de Weta, devenus experts en effets spéciaux médiévaux et fabrication d'armes et d'armures toutes plus belles les uns que les autres, se consacraient à la création des lieux, créatures et des vêtements / armes de Narnia. Sur ce plan-là, les films sont une magnifique réussite. Vous voulez en prendre plein les mirettes ? Voir des personnages comme vous n'en avez jamais vu ? Narnia vous ouvre ses portes, offrant une pure vision de poésie fantastique et mythologique. Qui plus est, accessible à tous, petits ou grands. Mais, il y a un mais...
Là où les deux premiers volets nous emmenaient vraiment à la visite de Narnia, ses terres, ses grands horizons, L'odyssée du Passeur d'Aurore se déroule principalement en mer. L'eau, c'est bien, c'est beau, mais l'enchantement n'est plus tout à fait le même. Il ne suffit pas d'un joli coucher de soleil en mer pour séduire les pupilles. Toutefois, le film ne fait là que suivre le livre, qui perd lui-même de sa magie dans les eaux lointaines. Les moments de grâce ne reviendront, comme dans le roman, que rarement, lorsque le bateau se pose dans différentes îles... Episodes qui, finalement semblent bien trop courts, comme parfois expédiés. Pourtant, la volonté du réalisateur de donner un semblant de splendeur et d'épique à son film se fait bien sentir, avec une utilisation massive des angles très larges. Et si, parfois, la magie agit (un manoir invisible se révèle...), le film peine à retrouver une féérie qu'il possédait avant. Mais cela, c'est à cause de sa fidélité au roman d'origine. Et ce n'est pas là le seul problème. Il n'y a pas que la forme qui compte à l'écran... Il y a aussi le fond.

Respect de l'histoire... Ou presque.
Si, au premier abord, on peut se retrouver intimidé en achetant Le monde de Narnia en librairie (un pavé bien lourd à transporter), ce roman est en réalité composé de 7 nouvelles. L'odyssée du Passeur d'Aurore se lit en réalité bien vite, en mois d'une journée. Une aubaine pour les scénaristes. Là où les fans d'un Harry Potter se larmoient en voyant les coupes drastiques infligées à certains des romans (on pense à L'ordre du Phoènix ou au Prince de sang-mêlé), ceux de Narnia peuvent se féliciter d'avoir tous les éléments du roman adaptés à l'identique dans les films. A l'identique, ou presque. Car des changements ont bel et bien eu lieu. Point de réduction ni de simplification de l'histoire dans ce troisième volet de Narnia, mais au contraire une volonté d'étoffer le sujet de base. Pourquoi ? Pour trouver des enjeux dramatiques absents de la nouvelle.

