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Livre VS Film - La Mémoire dans la peau : intrigues complexes

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 07 juin 2010 à 00h09 ,
MAJ le 07 juin 2010 à 08h50 - 0 commentaire(s)
Paru en 1980, La Mémoire Dans La Peau est le premier tome d'une trilogie écrite par celui qui est considéré comme l'un maître du thriller d'espionnage, à l'origine de quelques uns des plus grands best-sellers fourmillant de conspirations et de complots : Robert Ludlum.

 

La Mémoire Dans La Peau a déjà été adaptée en mini série à la fin des années 80, son contexte politique fort et son goût de l'intrigue ayant naturellement séduits à l'époque. Souvenez-vous : entre State Of Play ou Edge Of Darkness, la télévision fournissait son quota de frissons et de complots concernantt les plus hautes sphères du pouvoir. Mais il faudra attendre 2002 pour que le roman ait l'honneur d'une adaptation cinématographique.

 

Tout ceci grâce à l'entêtement de Doug Liman, le réalisateur, qui a fini par convaincre et Hollywood et Robert Ludlum de donner vie à Jason Bourne sur le grand écran. La Mémoire Dans La Peau, premier volet d'une trilogie qui va redonner un coup de jeune au film d'espionnage, était né...
 
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Où est Charlie ?

 

Ce qui fait la puissance du roman La Mémoire Dans La Peau, c'est l'utilisation d'une intrigue, ou plutôt d'une multitude d'intrigues, parfaitement imbriquées les unes dans les autres. Venant du théâtre, Robert Ludlum a conçu chaque chapitre de ses romans comme un acte d'une pièce. Or, chaque acte doit, pour maintenir l'attention du spectateur bien éveillée, se terminer par une surprise, un rebondissement. En comptant la préface et l'épilogue, La Mémoire Dans La Peau ne comporte pas moins de 35 chapitres, et tout autant de rebondissements en rafale. C'est un roman qu va à cent à l'heure, ouvre des pistes, trouve des réponses, avant de lever de nouvelles questions. Un véritable livre d'addiction !
 

Disons que le roman possède trois grandes intrigues principales (ce qui revient à énormément simplifier l'œuvre) : la quête d'identité de Jason Bourne (devenu amnésique), la relation de celui-ci avec la CIA (qui le recherche et ne lui veut pas du bien), et un contexte politique international fort se basant sur la recherche du créateur du terrorisme moderne, Carlos.

 

Or, de Carlos (nom de code : Charlie, dans le roman), vous ne trouverez point de traces dans le film de Doug Liman... Heureusement, pour vous remettre de cette frustration, une excellente série TV lui est dédiée et a enthousiasmé Cannes cette année. On ne peut nier que l'absence de Carlo enlève énormément de puissance et de complexité au film, par rapport au roman. Mais la suppression de cette partie de l'intrigue se justifie : le film n'aurait pas pu se permettre d'incorporer la traque de Carlos, qui aurait très certainement fini par embrouiller les ficelles de l'intrigue générale du film, laissant tous les spectateurs un peu perdus et se demandant « qui est qui ? » dans ce grandiose bordel où tout le monde se dézingue à tire-larigot... Un roman, contrairement à un film, peut se permettre d'être infiniment plus bavard et plus complexe, à partir du moment où l'écrivain à la trempe nécessaire pour porter son sujet.
 
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Deuxième élément qui peut justifier du choix de la suppression de Carlos. Le roman est sorti dans les années 80, époque où le terroriste était considéré comme l'ennemi public mondial numéro 1, dont l'ombre et la menace étaient bien présentes. En 2001, l'URSS n'est plus, la Guerre Froide et le système des blocs Est - Ouest sont achevés, laissant de nombreux pays en guerre et recherchant leurs nouveaux leaders, Carlos est tombé et son nom, lié à l'« ancien monde », n'est plus une menace. Impossible de réaliser un film au contexte moderne avec ce personnage. Quitte à le supprimer, autant ne pas lui chercher de remplaçant et, ainsi, alléger l'intrigue pour mieux se concentrer sur le reste... Et tout particulièrement sur les manigances et les complots créés par la CIA qui, dans ce monde en crise, n'hésite pas à utiliser des moyens peu glorieux pour mieux régir le monde.

 

Toutefois, la quête d'identité de Jason Bourne, sans Carlos (son double maléfique), perd malheureusement une grande partie de son intensité.


Deux œuvres qui se suffisent à elles-mêmes

 

Parmi les points communs entre le livre et le film, il y a le fait que La Mémoire Dans La Peau, dans les deux cas, n'a pas besoin de suites pour avoir un sens. Mais de façons différentes. Le roman révèlera entièrement l'histoire personnel de Jason Bourne. La boucle est bouclée, Jason sait qui il est, et pourrait finir ses jours tranquillement.

 

Dans le film, Jason ne sait pas tout de son histoire, mais en a appris assez, et a réglé assez de ses problèmes pour pouvoir prétendre à un repos mérité. Cette indépendance de ses deux œuvres, incorporées à une trilogie, vient du fait que les suites n'étaient pas certaines. Elles sont donc parfaitement cohérentes.

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