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Livre VS Film - Never Let Me Go : science fiction...

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 01 mars 2011 à 00h00
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Véritable petit bijou littéraire, Never Let Me Go (Auprès de moi toujours, en français) se voit adapté à l'écran par Mark Romanek (Photo obsession) derrière la caméra, et Alex Garland, écrivain (La Plage, Le Coma) et scénariste (28 jours plus tard, Sunshine) à l'adaptation. Deux belles références, pour une mission pas si facile que cela. Le roman de Kazuo Ishiguro, romancier britannique aux origines japonaises, a priori simple, est une merveille d'écriture, d'inventivité et d'histoire. Une fable de science-fiction sans élément réel de fantastique futuriste (semblable à Fahrenheit 9/11 et, d'une certaine manière, à Bienvenue à Gattaca), qui place l'humain au centre de son sujet, et offre finalement une réflexion sur la vie, la notre, à travers trois personnages condamnés à mourir. N'est-ce pas là le but de la vie... La notre ?

 

 

Never Let Me Go de Mark Romanek


Le point de vue narratif


Le roman est raconté par Kathy, une jeune femme de 31 ans, qui va se plonger dans ses souvenirs du passé et ainsi se remémorer son existence. Narratrice intelligente, Kathy laisse planer le mystère sur qui elle est réellement, comme si elle confiait son existence, ses mémoires, aux humains de cette si particulière Angleterre du XX siècle, où existent des clones, créés pour mourir au début de leurs vies d'adulte, pour des dons d'organes qui ont permis d'éradiquer les maladies graves. Des sacrifices d'êtres nés par la science et pour la science... pour les autres.

 

Il faudra ainsi un certain temps au lecteur pour comprendre ce qui se passe réellement dans le roman, et qui sont Kathy et ses amis, Ruth et Tommy. Le roman est divisé en trois parties (enfance, adolescence, âge adulte pour simplifier l'ensemble), que va reprendre le film. Toutefois, le livre reste un brin plus compliqué dans sa structure, la Kathy de 31 ans revenant sur son passé à partir de souvenirs récents, faisant de chaque partie un va et vient constant entre un passé proche et un passé ancien, le tout vu avec les yeux du présent. Le film va lui aussi se diviser en trois parties, mais en se concentrant sur une époque précise, la Kathy de 31 ans prenant la parole au début et à la fin du film, ainsi qu'au moment des transitions entre époques. Le procédé de la voix off prend alors tout son sens, permettant avec fluidité d'accepter les sauts temporels sans que l'histoire ne perde de sens.

 

Livre comme film, Kathy, sans pouvoir totalement être qualifiée de personnage principal (il y a trois héros dans les deux œuvres), reste les yeux du lecteur et du spectateur pour nous plonger dans cet univers particulier. Ainsi, Tommy et Ruth n'apparaîtront que du point de vue de Kathy, et jamais absolument indépendamment d'elle. Et c'est au final Kathy qui va leur donner cette importance si particulière, en faisant d'eux les centres de son monde, se plaçant presque en retrait, en simple observatrice, de sa vie à travers les leurs.

 

 

Never Let Me Go de Mark Romanek

 

Science-fiction ?

 

Avoir des clones dans les rôles principaux, destinés à être sacrifiés, voilà qui devrait automatiquement faire rentrer le roman dans la catégorie de la science-fiction. Mais il n'est pas question ici de réaliser un film comme The Island, à la thématique semblable, mais à la forme totalement différente. Et, au final, Never Let Me Go réussit, avec beaucoup moins de moyens et de prétention, ce qu'échoue The Island dans sa première partie : la plongée dans l'univers isolé des clones, qui grandissent à l'écart du monde, et la montée d'une angoisse et d'une grande tristesse inquiétante au fur et à mesure que la vérité commence à se dévoiler.

 

On peut dire que le suspense plane beaucoup plus longuement sur le livre que le film, la révélation de la véritable identité des personnages se faisant un peu plus attendre. Le lecteur comprend toutefois que quelque chose cloche dans l'univers des enfants grandissant à Hailsham : Kathy remonte dans ses souvenirs, parlent de gardiens qui donnent des cours où l'art et la poésie semblent avoir une place plus qu'importante. Les enfants n'ont pas de famille, pas plus que de noms de familles en conséquence. Kathy H., Tommy D., ... Qui sont-ils ? Des histoires planent autour d'une certaine Galerie, qui ne peut être citée devant les gardiens, et dont on ignore réellement la véritable existence. Les gardiens insistent sur l'importance qu'ont ces enfants sans véritable identité, décrits comme essentiels à la société, et dont la santé se doit d'être irréprochable. Des interdits, des interrogations, plus vite levées dans le film. Ainsi, les enfants sont encore jeunes quand ils apprennent qui ils sont réellement (livre comme film, le mot « clone » reste très rarement utilisé), suite à l'arrivée d'une nouvelle gardienne, qui n'a pas pu tenir le secret et la responsabilité de ce secret face à l'innocence de ses enfants, qui pensent à ce qu'ils feront plus tard. Le personnage de Miss Lucy, cette gardienne, diffère dans le roman et dans le film : dans le premier, elle n'est pas présentée comme une nouvelle femme venant travailler à Hailsham, tandis que dans le film, si. Elle se fera immédiatement renvoyée dans le film, mais pas dans le livre... De même, le film choisi d'équiper les clones qu'ils doivent passer devant un lecteur pour prouver qu'ils ne se sont pas évanouis dans la nature... Elément absent du roman.

 

Il ressort qu'il est plus difficile de maintenir le suspense dans le film que dans le roman. Les raisons proviennent de la narration (Kathy peut plus facilement s'exprimer et s'organiser dans le roman, tandis que dans le film, à moins d'abuser de la voix off, la mission est plus difficile). La raison provient de l'adaptation elle-même. Un roman de près de 500 pages, s'il veut donner un film d'une longueur acceptable, est compressé en un script de 100 pages. La révélation tombe donc plus vite, le suspense retombe aussi plus vite. Et, au final, cela n'a pas grande importance. Car ce n'est pas la science-fiction qui importe le plus dans Never Let Me Go... C'est l'humain, le tourbillon de vies condamnées à s'achever, et la réflexion sur nos propres vies, sur ce qui a le plus d'importance lors de notre bref passage sur terre.


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