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Livre VS Film - The Killer Inside Me : fidélité et respect du roman

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 09 août 2010 à 17h13
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Quelle prise de risque ! Les romans de Jim Thompson portent une réputation bien sulfureuse, peignant dans une froide et frissonnante simplicité le portrait d'une société américaine désenchantée qui cache, derrière sa politesse parfaite, de lourds sentiments de haine et de violence. Adapter au cinéma un roman de cet auteur n'est pas une mince affaire, malgré leur caractère extrêmement cinégénique (tout est décrit simplement, précisément). Mais choisir The Killer Inside Me (Le Démon dans ma Peau, en français), court mais intense, représentait un risque énorme. Même si ce chef d'œuvre de noirceur avait déjà été adapté, sous le nom d'Ordure de flic.

A la réalisation, on retrouve un cinéaste surprenant, amateur de prises de risque : Michael Winterbottom. A la vision du film, on ne pourra qu'être frappé par la volonté de fidélité totale envers le roman. Le résultat : un film ô combien dérangeant, aux thèmes variés, mais (malheureusement trop ?) fidèle au roman de base. Malgré son scénario parfaitement ficelé et une réalisation habile dans sa simplicité, il manque à The Killer Inside Me, le film, une personnalité propre.

 

The Killer Inside Me de Michael Winterbottom

 

 

Fidélité totale ?

 

Le roman de Jim Thompson est assez court (210 pages en version poche), concis dans son écriture. L'auteur va à l'essentiel, sans ajout de style malvenu. Autant dire qu'il n'y avait pas besoin de tronquer l'histoire, de faire disparaître des éléments pour l'adapter au cinéma. Cela n'a pas été fait... Ou presque. Pourquoi Lou est devenu un tueur ? Pourquoi les femmes ont réveillé le monstre qui sommeillait en lui ? Dans le roman, Jim Thompson remonte aux origines de la folie du « héros », qui est par ailleurs le narrateur. Le Démon dans Ma Peau est un roman hautement introspectif, une plongée dans les affres mentales d'un psychopathe sociopathe violent et sadique, qui vit l'amour comme une relation faite de violence. Aimer, c'est posséder. Posséder, c'est le droit de martyriser et de tuer.

 

Dans le film, des éléments de compréhension sont distillés en filigrane. Pour autant, rien n'est affirmé comme dans le roman, où Lou Ford explique, après être petit à petit remonté aux origines de sa folie (qui remonte aux origines de sa sexualité, basée dès le départ sur la violence et la domination) : « je devais les tuer pour la tuer, elle » (mais qui est elle ?). De même, dans le roman, Lou Ford explique à Lucille, la faussement sage amante officielle, avoir subi une vasectomie, mais être « stérile mais non pas impuissant » (détail absent du film). Pourtant, à la vision du film et à la lecture du roman, on ne peut s'empêcher de penser qu'il y a bien une forme d'impuissance chez Lou : l'impuissance d'aimer sans faire souffrir. Car sa première rencontre avec l'amour physique s'est soldée par la douleur, par la punition. Aimer, c'est souffrir.

 

 

The Killer Inside Me de Michael Winterbottom

 

 

La puissance du je... La force du jeu

 

Le Démon dans ma Peau, tout comme American Psycho, est écrit à la première personne du singulier. Le narrateur est le héros. Et, tout comme l'adaptation cinématographique d'American Psycho, le film reprend cette structure de narration. Lou Ford, incarné par le (décidemment !) faussement angélique Casey Affleck, est de tout les plans. Michael Winterbottom suit son héros, qui guide le spectateur dans ses virées quotidiennes. Et, tout comme le faisait le roman qui plongeait dans la psychologie du tueur, le film propose de partager les pensées de Lou Ford. En voix off, Casey Affleck use de sa voix si particulière pour plonger le spectateur dans les méandres de son esprit.

 

Le choix de Casey Affleck pour interpréter Lou Ford parait, après la vision du film, être une évidence. Il est des rôles qui semble n'appartenir qu'à un acteur, et c'est le cas pour Lou Ford, tueur aux deux visages. L'une est la façade affichée en public : celle d'un homme poli, serviable, prêt à défendre la veuve et l'orphelin, refusant de porter une arme (il n'y a pas de criminel à Central City, sauf celui qui sommeille dans le héros). Un flic impliqué et calme. Quoi de mieux que l'air juvénile et doux de Casey Affleck pour donner vie à ce type de personne ? Mais quoi de plus choquant que de voir ce « freluquet » se transformer en un tueur froid, casant la gueule de ses victimes en les regardant droit dans les yeux (ou de ce qu'il en reste), au regard démentiel, machiavélique, élaborant à l'avance ses meurtres, les fantasmant presque, et s'excusant auprès de sa victime avant de lui balancer une beigne ? Seul un grand acteur pouvait être capable d'assumer ces deux faces (Christian Bale y était arrivé dans American Psycho), et, affirmons le, Casey Affleck est un acteur de grand talent. Lou Ford, comme Patrick Bateman, rentre définitivement au Panthéon des meurtriers bien élevés les plus cinglés du Septième Art.

 

Casey Affleck réussit à donner naissance à un homme violent, mais blessé. Paradoxalement, le spectateur s'attache plus au Lou Ford du film qu'au Lou Ford du roman, alors que d'avantage d'éléments sont donnés dans le dernier pour expliquer son attitude. Michael Winterbottom rend même émouvante la dernière confrontation entre Lou et Joyce, la prostituée, faisant d'une scène finalement horrible une sorte d'aveu d'amour dérangeant...

 


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