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Livre VS Film - True Grit : respect des personnages

Par Anne Louise ECHEVIN - publié le 22 février 2011 à 00h00
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True Grit, roman le plus célèbre de l'écrivain Charles Portis, est l'une des œuvres littéraires cultes américaines. Moins connu dans nos contrées, ce livre jouit malgré tout d'une réputation internationale. A l'origine un feuilleton publié dans un journal, True Grit a déjà été l'objet d'une adaptation cinématographique (toutefois très libre) : Cent dollars pour un shériff. D'où la volonté de Joel et Ethan Coen de reprendre le roman pour en livrer une version plus proche de l'univers de Charles Portis, mais tout en y ajoutant leur propre touche. True Grit « made in Coen », un bel hommage ?
 
True Grit de Joel et Ethan Coen
 


Le point de vue de Mattie

 

L'idée de confier la narration d'un roman à son héros ne peut pas sembler quelque chose de si étonnant. Mais si ce héros est en réalité une héroïne, et de 14 ans, le pari peut s'avérer beaucoup plus risqué. C'est pourtant ce qu'a choisi de faire Charles Portis. Son roman True Grit est une sorte de journal raconté a posteriori par Mattie Ross, partie venger la mort de son père dans l'ouest sauvage alors qu'elle n'était encore qu'une jeune adolescente. Récit a posteriori car Mattie est en réalité une femme bien plus âgée lorsqu'elle décide de coucher sur le papier son aventure (plus de 30 ans se sont passés). Introduction et conclusion du roman sont, pourrait-on dire, hors récit, s'agissant du point de vue de « la Mattie âgée » sur son aventure de jeunesse. Point de vue toutefois essentiel, car insistant sur l'authenticité et la véracité complètes du récit. Une structure respectée par les frères Cohen, qui utilise le toujours efficace procédé de la voix off pour illustrer avec une belle fidélité les mots de Charles Portis.

 

Mattie étant narratrice du roman, elle est donc présente tout au long de l'histoire. Le défi, pour les réalisateurs, était de maintenir à l'écran l'omniscience de la jeune fille. Tout d'abord, comme dit précédemment, par la voix off, notamment lorsque le personnage n'est pas physiquement présent sur la scène, mais revient sur des éléments du passé, par exemple. L'autre moyen est de tenter d'incorporer la jeune fille dans tous les plans. Et, en effet, Mattie Ross n'est au final qu'assez rarement absente de l'écran, s'imposant par se présence, parfois silencieuse. Enfin, lorsque Mattie n'est ni à l'écran, ni en voix off, les frères Coen utiliseront, d'une certaine manière, le point de vue subjectif : montrer ce que le personnage voit. D'une certaine manière seulement car, aujourd'hui, point de vue subjectif reste bien souvent synonyme de caméra à l'épaule et de plans pas forcément lisibles. Ici, ce n'est pas le cas : chaque plan décrit ce que Mattie peut voir, en effet, mais les Coen sont des constructeurs d'images d'exception, et n'hésitent pas à prendre un certain recul pour tenter de trouver le plan parfait, le plus esthétique, le plus contrasté, le plus expressif. Tout en restant fidèle à ce que doit voir la narratrice. Un beau travail d'artiste.

 

Affiche du film True Grit

 

 

Qui est le héros ?

 

En tant que narratrice et héroïne du roman, on s'attendrait à voir Mattie tenir un tout premier rôle dans le film des frères Cohen. Il est vrai que déjà, dans le roman, le personnage du Marshall Rooster Cogburn semble prendre une place supérieure par rapport à Mattie, mais cette impression est encore accentuée dans le film. La raison est au final assez logique : la fascination (et le dégoût) de Mattie envers Cogburn transpire à chaque ligne. Etant la narratrice, le lecteur se voit donc obligé de « subir » cela, et le personnage de Cogburn acquiert une place déterminante et bien spécifique, reléguant presque Mattie au second plan, elle-même n'ayant aucune volonté particulière de se mettre en avant.

 

Dans le film, la puissance de l'interprétation de Jeff Bridges, associée à une présence importante à l'écran (car Mattie, fascinée et enchaînée à lui, ne le quitte peu des yeux), et lui permet d'acquérir une place bien supérieure par rapport à Mattie, alors que les personnages sont en réalité à pied d'égalité. Mais, pour le spectateur, le héros devient Cogburn. Résultat : alors que Jeff Bridges est nommé aux oscars dans la catégorie Meilleur acteur, Hailee Steinfeld (Mattie Ross) doit se contenter d'une nomination à l'oscar du Meilleur second rôle féminin. Juste ? Pas certain.


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