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Louis Becker : La Parole Aux Professionnels [page 1]

Par - publié le 07 novembre 2008 à 14h02 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h23 - 0 commentaire(s)
S’il évolue depuis sa plus tendre enfance au cœur de cet univers, au-delà de la présence et des récits de son père, Jean, et de son grand-père, Jacques, Louis Becker a su se construire sa propre carrière, discrètement mais avec intelligence et sincérité. Il commence par appréhender plusieurs métiers propres au cinéma et se forge ainsi une solide expérience lui permettant d’évoluer vers la production. C’est avec le succès d’Un indien dans la ville qu’il fait ses premiers pas, un succès qui ne l’empêche pas par la suite de prendre des risques, de défendre des films intimistes qui l’attirent tout en assumant également ses échecs. Aujourd’hui, pour continuer à porter ces coups de cœur, Louis Becker ouvre sa propre structure de distribution et revient avec honnêteté sur les difficultés de ce métier, touchant aux rêves mais d’une réalité parfois violente.



Cette passion pour le cinéma, votre position aujourd’hui dans cet univers découle-t-elle directement de vos origines familiales ? Je suis effectivement né au cœur d’une famille de cinéastes. Il y a d’abord eu mon grand-père Jacques, puis mon père Jean, son fils. Lorsqu’il s’est lancé dans le cinéma, on l’a immédiatement comparé à son père et j’ai connu la même chose, mais j’ai immédiatement dépassé cette comparaison, je ne cherche pas à savoir qui des deux à le plus de talent, c’est forcément mon père, qui, d’ailleurs, ne s’est jamais considéré réellement comme un cinéaste et parle plus de lui comme d’un artisan, son père l’était, pas lui. Pour ma part, je me vois plus du coup comme un modeste artisan, un producteur modeste ou un réalisateur modeste. Comment j’en suis arrivé à passer derrière la caméra, indirectement en fait, sans passer par la case familiale. Nous avons commencé, pour nous amuser, à tourner avec un ami des films Super 8 totalement anarchistes et provocateurs, il tenait la caméra et je jouais au réalisateur. Nous avons réussi à monter des petits films sur lesquels nous avons obtenu quelques articles. C’est vraiment cette rencontre, cet échange avec Darius Khondji, aujourd’hui célèbre directeur de la photographie, qui m’a donné envie de faire du cinéma. A cette époque, j’allais trois fois par jour au cinéma, du coup je séchais régulièrement les cours et personne ne savait à ce moment là au sein de ma famille que je m’intéressais autant au cinéma. J’avais bien évidemment vu tous les films de mon grand-père, mais je ne suis revenu vers le cinéma que plus tard, discrètement. Il doit y avoir un virus dans la famille. J’ai enchaîné alors comme technicien sur différents plateaux, j’ai suivi 45 longs métrages en passant par quasiment tous les postes, j’ai ainsi découvert le métier de régisseur et celui de directeur de production.

C’est ainsi que vous avez produit votre premier film ?
En travaillant avec la troupe du Splendid, je me suis rapproché de Thierry Lhermitte qui m’a proposé de collaborer avec lui en tant que producteur sur Nuit d’ivresse. Ce furent mes premier pas dans le milieu de la production et nous avons ensuite chacun retrouvé le chemin de nos premiers métiers, lui comme comédien et moi comme technicien. Quelques années plus tard, je lui ai proposé de produire avec moi un film à sketches, Les Secrets professionnels du docteur Apfelglück, qui n’a pas rencontré le succès que nous espérions mais, en revanche, nous nous sommes régalés à le tourner. Je n’avais plus envie alors de retourner à ma carrière de comédien et j’ai fondé ma propre société de production. Thierry m’a apporté un scénario, c’était Un indien dans la ville et le film a fait 8 millions d’entrées. Ce fut comme dans un rêve, un véritable conte de fées, chaque film n’est pas touché par la grâce et c’est en accusant des échecs que l’on apprend à devenir un vrai producteur. Je n’ai jamais été grisé par le succès et j’ai continué à produire des récits qui me plaisaient, qui me touchaient, en prenant souvent des risques. J’ai produit un film dont on avait reçu le scénario par la poste. Il avait été écrit par deux étudiants en droit. Et il était génial. C’était un film au budget moyen qui s’appelait Quatre garçons plein d’avenir. Depuis, ces deux scénaristes ont poursuivi une intéressante carrière. Jean-Patrick Benes a notamment co-réalisé le film Vilaine et nous avons réalisé ensemble C’est pas ma faute, une comédie proche de La Guerre des boutons. J’ai également eu un coup de cœur pour le livre de Vladimir Nabokov, La Défense Loujine et j’ai mis neuf ans à produire le film. Je l’ai intégralement financé avec des Anglais. C’est un film magnifique avec un très beau casting, un grand mélo anglais à une époque où ce type de thématique n’intéressait personne.



Qu’est-ce qu’il ressort pour vous de votre mission en tant que producteur, qu’est-ce qui vous porte ?
Certaines personnes pensent que le producteur est celui qui fait le chèque. Un producteur peut être comparé à un promoteur immobilier. Il faut qu’il monte le film sur le terrain, en trouve les architectes, le livre qu’il va falloir éventuellement adapter, les scénaristes pour l’écrire, le réalisateur… il donne en fait une cohésion au projet artistique, ensuite, il s’efforce de trouver de l’argent et en investit éventuellement lui-même parfois. En ce sens, le producteur est celui qui prend le plus de risques. Si je me suis beaucoup impliqué en tant que producteur, en revanche, je ne pense pas continuellement cinéma et c’est en s’ouvrant à d’autres univers que l’on trouve souvent des histoires à raconter. Le métier de producteur, pour moi, c’est rêver en gardant les pieds sur terre et une certaine cohérence, même s’il est important parallèlement d’assumer certains de ses coups de cœur, de défendre des projets qui n’ont pas forcément de cohérence financière.


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