Jean-Baptiste Guégan Night Shyamalan nous revient avec
Phénomènes, et à son visionnage, le scepticisme m'a davantage saisi qu'à la suite de son dernier opus. Et pourtant, même si le métrage ne m'a pas laissé une impérissable impression, il a laissé filer au gré des séquences, quelques moments à distinguer. Un peu à la manière de ce que Spielberg a fait de déceptif et de réellement personnel dans le dernier
Indiana Jones. Ainsi et parce qu'il faut le reconnaître à la manière de ce qu'avançait Nicolas, l'homme est repérable et son cinéma plus que reconnaissable même lorsqu’il côtoie l’ordinaire ou pis. Ce qui n'est déjà pas mal pour une étoile filante trop rapidement résumée à quelques tics narratifs... En effet, dans la mécanique extraordinairement conformiste des productions américaines - indépendantes ou non - il faut reconnaître tout d'abord cela au réalisateur de
Sixième Sens : sa capacité bon an, mal an à se distinguer de la masse filmique qui engraisse à l'excès nos écrans.
Avec Shyamalan, on se trouve effectivement face à quelqu'un qui existe par l'exploration de thématiques reconnaissables et par l'emploi d'une mise en scène et en images, unique car personnelle. En soi, la rareté est suffisamment intéressante pour qu'on laisse à Shyamalan, le droit de creuser ses obsessions et de se manquer. L'histoire du cinéma est pleine de cinéastes qui furent de brillants inconstants.
De même, si l'on pose la question de la qualité de ses œuvres, on ne peut de la même manière qu'en appeler à la longue litanie des cinéastes dont on ne retiendrait qu'un film au travers de dizaines. Donc, je pense qu'il faudrait déjà relativiser notre approche et circonscrire peut-être nos impatiences aussi enthousiastes qu'extatiques. L’art n’est pas une évidence et sa répétition dans la perfection, loin d’être une norme industrielle…Regardez Godard.
De surcroît, juger une œuvre implique pour les plus rigoureux qu’elle soit au mieux, achevée…Ce qui n’est pas encore le cas. De fait, à mon sens et même si je suis assez indifférent à son cinéma, oublions un temps le terme « phénoménal » dans sa dimension exceptionnelle et vouée heureusement à disparaître. Ou au pire à être oublié.
En effet, l'histoire du cinéma et plus encore notre époque avec sa célérité devraient nous inviter à la mesure si on savait se rendre compte que ce que l'on avance, ne tiendra peut-être plus à l'aune d'une prochaine production réussie. Et plus sûrement encore au regard médiatique de ces icônes que trop souvent l’on érige pour mieux les brûler. Et les remplacer…
Certes, Night Shyamalan livre un film mineur avec
Phénomènes pour ne pas dire davantage. Un film qui sombre malgré quelques potentialités à l’instar du précédent.
Certes, il ne parvient pas à se détacher de ses facilités et continue à se lover dans une impuissance scénaristique aussi stérile que naïve. Et ce n’est pas lui faire outrage que de remarquer que ses choix n’opèrent guère en reprenant ici et là, des références cinéphiliques appuyées ou une trame à la symbolique aussi appuyée qu’usée que l’on inscrirait volontiers dans la vague des films qui succombent au fléau des épidémies mortifères et inexpugnables post-11 septembre. Néanmoins, osons réclamer de la patience pour Shyamalan comme pour les autres, de Kitano à Soderbergh. Ne jugeons pas avec autant d’excès, ces cinéastes qui nous ont enflammés ou qui ont marqué nos vies de spectateur.
Analyser, c'est décrypter, rechercher les convergences et réussir à trouver et faire ressortir les raies communes qui font d'un cinéaste, un créateur et au sens de certains, des auteurs. A nous de construire une hiérarchie, de souligner l’intérêt d’une œuvre et de discerner parmi tant de films produits, ceux qui valent. A nous de replacer, d’expliciter, de dire pourquoi pour de bonnes ou de mauvaises raisons. Mais soyons mesurés et modérés car il est trop simple d’attaquer et de détruire à court terme au lieu de critiquer de la plus noble des manières. Et je me demande si Shyamalan ne paie pas dans un retour de bâton, tout ce que l’on imaginait – à tort ou à raison – possible chez lui. Ne brûlons nous pas aussi simplement avec lui, les affres d’une passion aussi soudaine qu’intensément aveugle et donc plus simplement notre incapacité à nous distancier ?