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Mai 68 : Films, Dvd Et Cinema [page 1]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 13 mai 2008 à 06h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h49 - 0 commentaire(s)
A l’heure où l’on célèbre le quarantenaire des évènements de mai, les livres foisonnent en librairie, les numéros spéciaux abondent mais quid du cinéma ? En effet, si les invités politiques, les témoins directs ne cessent de se remémorer cette année que d’aucuns voudraient liquider, il est un pan qui semble vivre cette période dans un grand oubli : le cinéma. Et pourtant…

Partie prenante des évènements et des défilés, nombreux sont les cinéastes confirmés ou en devenir à s’en être mêlé et l’on ne reviendra pas sur l’arrêt du Festival de Cannes la même année par Truffaut, Malle, Godard et consorts, pour justement ne pas se risquer à penser le conflit dans une seule visée événementielle ou historique. Car si mai 68 fut abondamment filmé et documenté par nombre de journalistes et de contemporains, il faut bien reconnaître que le cinéma en lui-même a semblé manquer cette période de déstabilisation et de renouveau de la société française. Et c’est justement le recensement DVD qui suivra qui nous permettra de jeter sur ce mois ô combien chaud un regard plus acéré et plus à même de comprendre toutes les attentes et les espoirs nés de cet élan à la fois estudiantin, ouvrier et populaire. Donc, ici, point de discours explicatif sur l’origine démographique de cette année, point de récit quotidien ou de pensée visant à enserrer en quelques idées, l’éblouissante profusion artistique de ce printemps qui féconde encore nombre des œuvres actuelles. Nous nous contenterons justement de tracer quelques lignes pour que chacun soit en mesure par lui-même et en fonction de ses affinités et de ses choix de revivre ce mois de mai et de le saisir tel qu’il le voudra et tel qu’il a été.


Mai et le documentaire

Mai 1968, c’est en effet un mois qui s’inscrit en France dans un contexte particulier que marquent une décennie gaullienne et un essor sans précédent d’une jeunesse face à une société de consommation qui ne la comprend pas et face à des idéologies qui s’affrontent. En cela, ce point de friction, cet élan fou d’une génération face à une autre passionne et intrigue et aurait dû susciter nombre d’œuvres à l’époque même où les pavés volaient bas et les CRS chargeaient haut…Et pourtant, il n’en fut rien ou si peu. Mai 1968 si l’on s’attarde sur les catalogues DVD disponibles ne recèle que peu de volumes susceptibles de documenter ces instants de folie et de révolte qui enflammèrent à tous points de vue, les français et les françaises mais aussi nombre d’autres pays. Ainsi, pour commencer à comprendre mai, peut-être vaut-il mieux d’abord succomber au 68 de Patrick Rotman, sûrement le meilleur documentaire disponible sur cette année et sur ce qu’elle ouvrit comme possibilités.

Ainsi, revisitera-t-on l’année plus que le mois dans une perspective historique et compréhensive qui vaudra toute les doctes explications sur l’époque et son avènement. On ne saurait d’ailleurs que trop conseiller Génération, le livre qu’il cosigna avec Hervé Hamon quelques années plus tard et le pendant de son documentaire, 68, sublime ouvrage creusant sur le papier le sillon exploré par son documentaire. En sus de l’exceptionnel témoignage réalisé par L’INA sur les événements Mai 68 les images de la télévision, le complément idéal à cela est assurément 1968 : un monde en révolte. Certes, le documentaire de Michèle Dominici n’a pas la force de la construction Rotmanienne et se contente de compiler nombre d’archives sans dégager les mêmes lignes de compréhension. Néanmoins, il offre un retour sur l’événement au présent et donne la parole notamment au coureur emblématique des Black Panthers qui sur le podium olympique, indigna une Amérique qui allait assassiner Martin Luther King et Robert Kennedy. On passera dès lors sur les ouvrages profus qui sortent ou sont sortis récemment – opportunisme oblige – pour constater que l’on peut trouver en DVD zone 2, la Chinoise de Jean-Luc Godard, film emblématique de l’époque pour la première fois, agrémenté de photographies de Gilles Caron et d’autres extraits d’émissions dans un coffret proposé étonnamment par l’agitateur d’idées perpétuel que fut la Fnac.


Mais si l’on en revient au documentaire, on ne peut que se rendre compte du vide que les événements ont laissé et de l’absence des grands documentaristes dans le récit de cet épique mois de mai. En effet, si quelques photographes livrèrent des clichés bien surprenants, on ne trouve à l’heure actuelle que deux films qui aient été tourné à l’époque et profitent à plein de captations réalisées en plein durant les échauffourées. L’un n’est autre que Grands soirs et petits matins de William Klein, vaste plongée thématique et chronologique dans des événements que l’approche kaléidoscopique permet de seul suivre et de sentir. En même temps, typique des films réalisés par les documentaristes pour les centrales syndicales et politiques de l’époque, il est la forme la plus aboutie des films militants. A la différence près que celui-ci ne prend pas parti et se contente d’enregistrer discussions, débats et autres envolées que d’autres ne filmèrent pas ou ne retinrent pas. On songe ainsi aux actualités françaises et surtout étrangères qui s’attelèrent plus à faire du récit qu’à expliquer dans le bouillonnement du temps. Rétrospectivement, on appréciera donc cette œuvre parce que c’est l’une des deux seules à se nourrir de la vigueur de mai pour séduire et faire comprendre.


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