Par Romain Le Vern - publié le 02 septembre 2008 à 09h03 , MAJ le 25 septembre 2009 à 17h56 - 0 commentaire(s)
Les objets réflexifs
«J’ai un problème avec la nouvelle tendance du cinéma de genre à contenir en lui son propre discours. J’en ai parlé avec Christophe Gans que ça titille aussi. C’est par exemple ce qui m’a empêché de prendre le moindre plaisir sur The Dark Knight. Ça ne m’étonne pas que le film soit bien reçu par une certaine presse française comme Les Inrockuptibles. Ce sont des films qui, au lieu de raconter leur histoire, mettent un point d’honneur à montrer à quel point ils pensent. The Dark Knight m’a profondément ennuyé parce que je n’y vois qu’un super-héros qui essaye de commenter son propre statut. Littéralement, Batman se pose des questions métaphysiques sur le bien, le mal. A mon sens, le film fait de la pataphysique de comptoir. En plus, ça m’empêche d’avoir quelque lien viscéral, simple et essentiel avec le film. John Carpenter n’essayait pas de commenter, de montrer que l’horreur c’était important… Je n’ai pas besoin que l’on prouve absolument que le genre peut être profond, adulte et dialectique. J’y vois la conséquence directe du post-modernisme avec la récupération théorique de tout et en même temps de l’absence terrible d’innocence de nos temps. Ça reflète le cynisme. Alors, dans le cinéma de genre, on en a un peu fini avec les couillonnades post-Scream qui pour moi représentaient un enterrement d’un genre auquel je crois. Grosso modo, Scream, de Wes Craven, c’est le mal, comme si on me disait que l’innocence est morte. Là, nous sommes en train de vivre le pendant intello de ça : le public s’est très vite lassé des ricaneurs. Aujourd’hui, on a les intellos poseurs du genre. J’ai bien compris que Christopher Nolan était un cinéaste passionnant et profond, je ne lui demande pas de faire un film de fantôme. En revanche, j’adore Batman Begins par exemple qui est une merveille absolue. Un dosage profond entre ce qu’il est et les scènes qu’il reste à faire. Et The Dark Knight n’a rien de ça : c’est intolérable de prétention et de bêtise. Je pense un peu la même chose de The Fountain, de Darren Aronofsky, qui rejoint un peu cette veine. Personnellement, je déteste ça. Idem pour Cloverfield, de Matt Reeves, qui est une escroquerie absolue. Quand je vois que The Dark Knight cartonne, je me pose des questions. Je me demande au fond si ce n’est pas un phénomène générationnel.»