COMMENT FONCTIONNE LA COMMISSION DE CLASSIFICATION EN FRANCE ?PHILIPPE ROUYER REPOND...
Pourquoi toute cette agitation pour une interdiction aux moins de 18 ans au lieu d'un moins de 16 ans ? Parce que, économiquement, la différence est énorme pour l'exploitation du film. De nombreuses salles (et notamment UGC) ont fait savoir qu'elles ne passeraient plus de film interdits aux moins de 18 ans. Aux dernières nouvelles, CGR était plutôt sur cette ligne et il y a risque que "Pathé" et "Gaumont" s'alignent. Auquel cas quel parc de salles restera-t-il ? Je doute fort que les salles "Art et essai", avec les obligations qu'elles ont dans leur programmation, se battent pour diffuser un tel film. La vente à la télévision (nécessaire dans la rentabilisation d'un film aujourd'hui) devient ultra-limitée. La faute au CSA qui refuse de faire la différence pour les conditions de diffusion TV entre le "18 ans" et le X. Donc un film interdit aux moins de 18 ans ne peut passer que sur une chaîne cryptée (et payante) entre minuit et cinq heures du matin. Sans même parler du prix d'achat infiniment moindre que pour une diffusion à partir de 22h30 (le régime pour les moins de 16 ans), ça limite les chaînes aptes à la diffusion. C'est ainsi que Zootrope, le distributeur de
Quand l'embryon part braconner a vu son budget remis en cause par cette interdiction inattendue aux moins de 18 ans sur ce film de patrimoine. Car il a dû renoncer au pré-achat de la chaine Arte qui n'avait plus le droit de passer le film (même la nuit puisqu'elle n'est pas cryptée). Si
Martyrs écope finalement du 18 ans, Canal + (qui a pourtant mis de l'argent dans la production) ne pourra le passer que sur la case de son porno mensuel. Les grosses enseignes de vente de DVD hésitent de plus en plus à vendre les galettes des films interdits aux moins de 18 ans.
Mais cette interdiction a plutôt réussi à Saw 3 ? De fait,
Saw 3 a mieux marché en salles que les 3 autres films de sa franchise. Mais il faut rappeler que c'était le premier film à écoper de ce "18 ans" pour des raisons autres que des scènes de sexe et il a en cela bénéficié d'une énorme publicité. À l'époque, il a été exploité dans le réseau UGC et dans tous les multiplexes de France. Ce qui dans les faits a causé pas mal de soucis aux exploitants. La plupart ont dû engager des frais supplémentaires pour recruter spécialement un employé du type videur afin de décourager les jeunes qui souhaitaient rentrer dans la salle sans avoir l'âge requis. Par ailleurs des incidents avec dégâts matériels ont été à déplorer dans certaines salles. Pour toutes ces raisons et aussi vis-à-vis de son image, UGC a annoncé que, désormais, elle ne passerait plus ces films à moins de 18 ans. Le distributeur a eu un manque à gagner sur la vente TV, mais moindre que pour
L'Embryon et que le film de Laugier (s'il écopait du 18 ans) car
Saw 3 était déjà rentabilisé sur le marché américain.
Mais autrefois il y avait des tas de classiques interdits aux moins de 18 ans (d'Orange mécanique à Massacre à la tronçonneuse) et personne ne trouvait rien à redire. Pourquoi protester sur les moins de 18 ans des films d'aujourd'hui ? Tout simplement parce qu'avant le décret de 1990, le précédent texte fixait les limites d'âge à 13 et 18 ans. Et que le 18 ans d'alors correspondait à notre 16 ans d'aujourd'hui. D'ailleurs tous les 18 ans d'avant 1990 ont été rabaissés automatiquement à 16. Ainsi Massacre à la tronçonnneuse mais aussi
Salo,
Cannibal Holocaust et bien d'autres films d'une violence inouïe sont accessibles à partir de 16 ans alors que
Saw 3 est interdit aux moins de 18 ans. Ajoutons que les jeunes ne vivent pas dans une bulle. Sans parler du piratage, il y a possibilités de télécharger les films sur Internet et les DVD sont faciles à voir même pour un moins de 18 ans.
L'écueil serait donc que des films d'horreur un peu durs ne puissent plus guère passer en salle et à la TV à cause d'un 18 ans et se retrouvent dans le ghetto du "direct to vidéo", comme le film X en définitive qui y a laissé ses ambitions artistiques (conséquence de la réduction drastique de ses budgets). C'est particulièrement préoccupant pour le cinéma d'horreur français car il y aura une autocensure en amont pour éviter le "moins de 18 ans", voire un refus de produire ce genre de films.