En 1995,
Jean-François Richet finance une partie de son premier film,
Etat des Lieux, grâce à ses allocations chômage jouées au casino. La bande-originale du film est composée par Assassin, le groupe de rap du frère de
Vincent Cassel. Aujourd'hui, Richet est aux commandes du diptyque hexagonal le plus attendu de l'année avec le même
Vincent Cassel devant la caméra. Depuis toujours porté par la thématique de la survie qui a bercé sa filmographie, aussi bien lorsqu'il filme la banlieue dans
Ma 6-T va crack-er que lorsqu'il réadapte le
Assaut de Carpenter, il était sûrement un des mieux placés pour réaliser
Mesrine et le prouve, coup sur coup.
Comment prépare t’on un film comme celui-là quand on sait que l'histoire elle-même soulève encore des questions aujourd'hui, trente ans après ? J'ai vraiment fait un travail d'enquête en vérifiant ce qui était juste ou pas. Quand on a travaillé avec le scénariste Abdel Raouf Dafri, notre base était d'avoir tout lu : les livres de ses amis, de ses compagnes, des policiers, les témoignages ou les rapports de la justice. On a confronté toutes les versions et on a pris ce qu'elles avaient en commun, que ce soit du côté des supporters de Mesrine comme de ceux qui le combattent. On avait donc l'impression d'avoir une certaine véracité pour construire ce scénario.
Il y a aussi toujours cet éternel débat : doit-on ou pas dire qu'il y a eu sommation ?Oui, et c'est pour ça que je ne montre pas la préparation, je montre juste que la police l'a abattu. Je ne suis pas intéressé par ce que Giscard a dit à ses ministres ou ce genre de choses. Moi, je veux juste suivre cet homme qui est né à Clichy et qui meurt à côté. Dans son testament, lui aussi dit que le fait qu'il y ait sommation ou pas n'est pas important. En tant que citoyen et metteur en scène, quand sur dix personnes, neuf me disent la même chose, je vais vers ça pour avoir un travail honnête. Je ne filme pas un assassinat mais un mec qui se fait abattre.
Alors, quelle est donc la part de fiction du film ?La part de fiction, c'est que si j'avais dû filmer vingt ans de sa vie, le film aurait duré vingt ans (
rires). A un moment, il faut juste être modeste et comme on raconte une histoire en deux fois deux heures, il faut essayer d'en saisir son essence. Il y a donc évidemment une part de fiction. Pour vous donner un exemple concret, lors de la scène de l'interview avec Paris Match, même si cette scène a vraiment eu lieu et que ces questions ont vraiment été posées, les photos n'ont pas été prises de cette façon car il a fait une séance à part. Je n'allais pas faire la scène de l'interview et celle des photos en deux temps, séparément. A la place, je les réunis et cette scène est donc un produit de l'imagination mélangé à des produits réalistes. J'en prends la quintessence et j'ai une scène de sa vie. C'est juste de la dramaturgie.