Qui ne connaît pas aujourd’hui le nom de
Michael Mann ? En trente ans, ce réalisateur est devenu le symbole d’un cinéma américain moderne, capable de flirter avec les conventions du cinéma d’auteur et du blockbuster à stars. Mais le cinéma de
Michael Mann est plus que ça. C’est aussi une radiographie de l’
American way of life et de ses mythes fondateurs, des gangsters de
Heat ou
Public enemies aux flics de
Miami Vice, en passant par le
working class hero de
Révélations ou la légende Mohamed
Ali.
Michael Mann est un cas unique de jonction entre un cinéma rigoureux, celui de l’ère du Nouvel Hollywood et le goût pour le grand public des studios actuels. Grand remixeur du cinéma de genre, Mann le modernise par des audaces techniques et de narration, se souciant autant de la richesse des personnages que de celle de l’esthétique, pour des films faisant converger divertissement le plus spectaculaire et réflexion intime sur un monde d’hommes : le meilleur du cinéma américain
is a mann’s world.
PUBLIC ENEMIES (2009) : plutôt classe
Adaptation d'un roman de Brian Burrough qui retrace l'itinéraire mouvementé de John Dillinger (
Johnny Depp), l'un des plus illustres braqueurs de banque des années 30 et raconte la tentative du gouvernement et de l'agent du FBI Melvin Purvis (
Christian Bale) d'arrêter Dillinger et son gang. Moins immédiatement séduisant que ses précédents standards, mais passionnant... Sans surprise, l'intrigue permet de rassembler les obsessions de Mann : la frontière ténue entre le bien et le mal, le rapport de fascination entre deux proies, les plongées nocturnes, le personnage féminin qui nourrit une histoire d'amour tragique au lyrisme flamboyant, les fusillades éclatantes. Les rebondissements s'enchaînent avec une précision à la fois mécanique et diabolique, mais Mann n'échappe pas à la répétition et s'égare dangereusement dans le second tiers.
MIAMI VICE – le film (2006) : la classe incarnée
Ceux qui vouent un culte à
Michael Mann savent qu'une de ses grandes passions consiste à dépoussiérer des genres et des conventions au cinéma. Dans Miami Vice - le film, il propose un lifting hallucinant de la série des années 80 en forme d'uppercut bouillonnant. Tout, mais absolument tout, se révèle immédiatement transcendé par un
Michael Mann, maître à bord d'un navire robuste, qui sait mieux que quiconque ce qu'il filme et ce qu'il veut. Même si les rumeurs semblaient contredire cette sensation (moult problèmes sur le tournage, overdose de Farrell, rivalité d'égo entre les deux têtes d'affiche, dépassement de budget, premières projo-tests peu concluantes qui l'ont obligé à couper et donc à recadrer son intrigue), le réalisateur émérite a pris un plaisir incontestable à revenir aux sources de la série originelle pour actualiser la forme du
buddy movie dans un contexte contemporain avec un mélange de familiarité (quelques élans nostalgiques) et de distance (une recherche dans l'expression visuelle).