Par Nicolas Houguet - publié le 06 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 06 octobre 2009 à 14h35 - 0 commentaire(s)
Michael Mann n’a pas une filmographie très conséquente. Il est pourtant l’un des cinéastes majeurs de ces vingt dernières années. Un peu à l’image de Kubrick, il a su rallier les suffrages du public et des critiques. Assez opportuniste pour intriguer le chaland sur des promesses alléchantes et parfois fallacieuses. On se souvient de la grande campagne promotionnelle autour de Heat, vantant la rencontre certes anthologique entre les deux monstres sacrés que sont Pacino et de Niro, mais la confrontation ne dure que le temps d’une scène de dix minutes (magnifiques), et n’est pas vraiment l’unique atout de ce grand film. Kubrick avait usé du même subterfuge pour Eyes Wide Shut, vantant à coups de teasers sulfureux les qualités érotiques de son film, alors qu’il s’agissait d’une réflexion sur le désir inassouvi.
Peu de gens peuvent jouer sur les deux tableaux, combler la soif des gros titres, faire monter l’attente et finalement livrer une œuvre ambitieuse et personnelle, à niveaux de lectures multiples.



Il a commencé par la pub et la télévision, en écrivant des épisodes de Starsky et Hutch et bien-sûr en produisant la série Miami Vice. Il est donc très en phase, très à l’écoute des goûts du public et de l’efficacité instantanée qu’il exige.
Alors qu’attendre de Miami Vice ? Peut-être pas seulement la reprise de la série emblématique des années 80. On retrouvera sûrement avec plaisir les inspecteurs Sonny Crockett et Ricardo Tubbs dans leur lutte contre les trafiquants de tous poils. C’est l’argument marketing, la bande annonce explosive et alléchante. Cependant, gageons que Michael Mann saura y insuffler quelque chose de plus, et que les thèmes qu’il y abordera en feront sans doute encore un film existentiel, autant qu’un « popcorn movie » qui sort au milieu de l’été. Une œuvre à portée symbolique et à lectures multiples comme il a toujours su en faire.
Car, c’est dans sa manière de traiter ses sujets, a priori très stéréotypés, leur donnant force de symboles, presque en créant des forces mythologiques qui s’affrontent, qu’il est un grand auteur.



Réalité et symboles

Car Michael Mann est un metteur en scène de métaphores. Même si ses films peuvent être aussi vus au premier degré, comme très terre à terre, presque naturalistes, avec des personnages très marqués, ils ont indéniablement une portée symbolique. La traduction catastrophique de « Miami Vice » devenu pour les francophones « deux flics à Miami » (on se demande qui traduit les titres des films) l’ampute de cette dimension là. Dans la série, bien plus qu’un décor, la ville était l’âme, le symbole, l’ambiance. Les personnages en sont presque des émanations, des incarnations. On retrouve ce trait fondamental dans Collateral qui est une ode à Los Angeles et où finalement, Tom Cruise et Jamie Foxx, incarnent deux facettes bien distinctes de cette ville. Chaque personnage fait écho au grand décor, comme un microcosme.
On pourrait tout aussi bien réduire ce film à un résumé simpliste : un tueur à gages prend en otage un brave chauffeur de taxi pour exécuter quelques « contrats » dans la nuit. Rien de plus efficace. Heat : Un flic tenace et obsessionnel se met à la poursuite d’un braqueur insaisissable… L’histoire, n’y a t-il que cela qui compte ? A la vue de l’œuvre de Michael Mann, on serait tenté de dire non. Il impose un rythme, souvent lent, prenant, immersif, créant une atmosphère beaucoup plus envoûtante que ce à quoi l’histoire vous préparait.

Son cinéma a pourtant un aspect très « documentaire ». Il faut y voir une volonté de coller à l’existence de ces personnages. C’est cet aspect authentique et dépouillé qui frappe d’emblée chez Michael Mann, une sobriété de mise en scène, presque un dépouillement trompeur. On pourrait croire qu’il filme ses plans sur le vif, alors qu’il est d’une incroyable méticulosité. Les combats d’Ali ont été reconstitués plan par plan. De même pour Révélations où l’on a réellement l’impression d’assister à l’enquête journalistique dans toute sa progression. Une mise en scène minimaliste, mais toujours au service d’une ambiance, très loin d’un reportage.



Dans le Sixième sens (traduction de « manhunter », allez savoir pourquoi !), on assiste à la première apparition cinématographique du personnage d’Hannibal Lecktor (ainsi qu’il est orthographié dans le film) créé par Thomas Harris. L’œuvre est intéressante à plus d’un titre, surtout au vu de son remake pataud Dragon Rouge. Chez Mann, l’atmosphère est glaciale, oppressante, sans cabotinages ni grands mouvements de caméra. L’objectif est un œil froid, dénué d’affect, qui reste proche des personnages, de leur visage. Cette économie de moyens, cette aridité, pourrait maintenir le spectateur en dehors de l’histoire et au contraire, elle fait de lui une sorte de témoin, par cette vision indifférente qui suggère énormément. Mann recrée le réel, un peu comme les écrivains naturalistes, presque scientifiquement, méthodiquement. Il y a assez peu de pathos dans sa manière de montrer. Toute l’émotion provient des acteurs, de ce qu’ils montrent, des tensions entre les personnages, de la lumière. La caméra enregistre.

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