Si Frost Nixon, l’heure de vérité est assurément une réussite, ce n’est pas uniquement par la justesse de la mise en scène de
Ron Howard. Certes, elle se fond avec grâce dans un scénario riche et construit mais cette reconstitution se révèle être remarquable par la présence d’un duo au talent certain : au côté du senior Frank LangellaMichael Sheen porte littéralement le film sur ses épaules. Omniprésent, il incarne un journaliste aussi ambigu que passionnant, mesurant au fur et à mesure la difficulté du jeu dans lequel il s’est fourré. Michael Sheen, un acteur originaire du Pays de Galles et qui commence sérieusement à se faire remarquer et ce malgré une filmographie aussi jeune qu’impressionnante.
Il y a quelque chose d’absolument fascinant dans les générations de comédiens britanniques qui défilent une à une : de par leur rigueur au travail, leur relation au texte et le respect qu’ils entretiennent avec l’art de la comédie, ils sont réellement identifiables dans le panorama hollywoodien. Michael Sheen (qui, comme chacun sait, n’entretient aucun lien avec la famille de
Martin Sheen, né Estevez) fait partie de ceux là. Discret mais de plus en plus indispensable, il semble être l’un des futurs grands, chacune de ses prestations ajoutant un peu de poids à la cohérence et à la légitimité de son jeu dans la profusion actuelle de talents. Un jeu qu’il soigne et qu’il tente d’amener à maturité depuis ses plus jeunes années. Né le 5 février 1969 du côté de Newport au Pays de Galles, il s’épanouit dans une famille modeste mais dévouée à la culture et aux arts du spectacle. Entre une mère éprise de théâtre, une arrière-grand-mère dresseuse de lions pour le cirque des Ringling brothers et un père connu dans le pays pour être un talentueux imitateur de
Jack Nicholson, Micheal grandit dans le folklore et un délire culturel qui lui sied bien. Déménageant à Port Talbot, il écoute avec admiration les exploits de son oncle brûlant les planches du West End londonien. Durant ses jeunes années, il est passionné par le football et songe même à se lancer dans une carrière professionnelle mais il est très vite rattrapé par les recommandations familiales : lorsqu’il sera adolescent, il pourra choisir mais, pour l’heure, il doit se consacrer à la comédie ! Coup de foudre, à douze ans il décide d’abandonner totalement le sport, la découverte des critiques de Kenneth Tynan et des films de Laurence Olivier le faisant totalement délirer.
Se jetant à corps perdu dans le théâtre il s’inscrit au Glanafan’s Drama Club et fait ses premiers pas dans des pièces telles que
Un chant de Noël de Dickens,
Oliver! ou Le magicien d’Oz. Encouragé par le metteur en scène Ken Tucker, il persiste dans cette voie et intègre, à quatorze ans, le West Glamorgan Youth Theatre, plus grosse compagnie de jeunes acteurs. Il commence à tourner dans la région profitant de ses heures perdues pour reprendre un peu le football. A 18 ans, il est accepté dans la Royal Academy of Dramatic Art où il se fait une certaine réputation en premier lieu auprès des élèves en devenant capitaine de l’équipe de foot puis auprès des responsables pédagogiques par son talent d'acteur. Il obtient la bourse Laurence Olivier durant sa seconde année.