Bien que Mike Myers soit l'un des comiques américains actuels parmi les plus connus, et l'un de ceux parmi les plus couronnés de succès au box-office, nous pourrions avoir des doutes quant à sa véritable apparence. Non pas qu'il soit un adepte de la chirurgie esthétique mais l'acteur a fait du grimage l'un de ses principaux ressorts humoristiques et, par là-même, brouille un peu plus ses traits à chaque nouveau rôle. En effet, si l'on s'en tient à ses rôles les plus connus, il serait ainsi difficile d'établir un portrait-robot de sa personne (on ne sait jamais, en cas de litige). Il s'efface d'ailleurs tellement en profondeur derrière chaque personnage qu'il peut ensuite, à loisir, en interpréter d'autres au sein du même long-métrage. Mais derrière les rires et cet amoncellement d'identités, nous pouvons nous demander qu'elles sont les raisons qui ont amené Mike Myers à devenir clown professionnel, de préférence avec un gros nez rouge et d'énormes chaussures. Car derrière l'exubérance de ses avatars semble se cacher un être d'apparence avenante et humble ("
J'ai encore l'impression qu'à tous moments la police du talent peut débarquer et m'arrêter"), mais précédé d'une réputation toute autre (on lui prête régulièrement un vrai comportement de diva). Alors, bien sûr, nous ne déterminerons pas dans ses lignes si Mike Myers est le type le plus sympa au monde où s'il s'agit d'un fourbe de la pire espèce -attendons de faire un peu plus connaissance pour cela- mais gageons que la découverte de son histoire devrait se révéler des plus intéressante. Savoir enfin qui est l'homme derrière les costumes et qu'est-ce qui a pu faire de ces accessoires son principal outil de travail. Portrait d'un homme qui ne veut pas montrer son visage, donc.

Né le 25 mai 1963 dans la province de l'Ontario, au Canada (dans la ville de Scarborough pour être plus précis, au cas où vous passeriez à côté), Mike Myers est baigné dès le départ dans une sorte de décalage qui deviendra la source de son humour. Dernier de trois fils, il doit batailler pour se faire remarquer et apprécie ainsi tout particulièrement les moments passés avec son père, un anglais de Liverpool et ancien de l'armée britannique -tout comme sa mère-. L'origine britannique n'est à ce titre pas anecdotique car elle va en fait expliquer pour beaucoup l'environnement dans lequel a grandi l'acteur, à regarder avec des films de
James Bond, des séries comme
Le Saint ou
Chapeau melon et bottes de cuir. Complètement immergé dans la culture britannique (il avoue se sentir plus anglais qu'autre chose lors des interviews), il aurait pu rencontrer beaucoup plus de difficultés à s'intégrer parmi les petits canadiens si son père ne lui avait enseigné en plus la valeur d'une autre arme, une arme imparable : l'humour. Car Eric Myers, bien loin de l'austérité généralement associée aux militaires (en même temps, il faut dire qu'il n'était "que" cuisinier), est en fait un grand appréciateur de blagues et autres calembours, une valeur primordial selon lui et qu'il se doit de faire connaître à son fils en lui faisant découvrir par exemple les Monty Pythons et autres représentant de l'absurde à l'anglaise. "
Il est celui qui m'a permis d'être l'architecte de mon propre embarras" déclarera t-il ainsi des années plus tard, celui qui lui apprit à ne pas avoir d'inhibition lorsqu'il s'agissait de faire rire.
Mais si c'est bien le père qui lui a insufflé la flamme de la comédie, c'est sûrement à Alice, sa mère, que Mike Myers doit l'âtre dans lequel elle a pu s'épanouir. Car avant de venir s'installer au Canada, celle-ci avait ainsi étudié à la
London Academy of Music and Dramatic Arts et on peut alors imaginer que c'est elle qui eut l'idée de canaliser l'énergie que mettait son fils à vouloir faire rire son prochain. Avant même ses dix ans, le petit Mike participa donc à plusieurs spots publicitaires dont un le marqua particulièrement. Une publicité avec l'actrice Gilda Radner, qui jouait sa mère, et dont il s'était entiché sans pouvoir même imaginer que cette femme rejoindrait très rapidement l'émission
Saturday Night Live, qui prendra une place primordiale dans sa vie aussi un peu plus tard. Mais nous sommes pour l'instant dans les années 70 et, les publicités n'ayant qu'un temps, Mike Myers se consacre à ses études studieusement. Enfin presque, car ces expériences l'ont convaincu de ce que serait son avenir et l'adolescent de prendre alors l'habitude d'élaborer des personnages, que ce soit au cours d'une partie de
Donjons et Dragons ou bien pour des comics dont il sera à jamais le seul lecteur. La machine à personnages est donc lancée et ne manque désormais plus qu'une chose : décrocher son diplôme pour faire plaisir aux parents.