En l’an 2000, le public français découvre le cinéma de Hayao Miyazaki avec La Princesse Mononoke. Alors que l’on commence à s’extasier sur ce «
nouveau génie de l’animation », le principal intéressé déclare de son côté qu’il songe à prendre sa retraite, après 31 ans de bons et loyaux services ! Petit récapitulatif sur trois décennies de talent incontestable, que l’Occident n’a pas su ou pas voulu voir.

Hayao Miyazaki naît à Tokyo le 5 janvier 1941. Son père, Katsuji Miyazaki, est le directeur de la compagnie Miyazaki Airplane, qui fabrique les gouvernails des fameux Zéros japonais. Cette situation familiale offrira au nourrisson une succession de privilèges en ces temps de guerre. D’une part, protégé par l’armée japonaise, la famille Miyazaki échappe aux terribles bombardements intensifs que va mener l’armée américaine sur la capitale durant l’année 1945 (100 000 morts durant la seule nuit du 10 mars). Puis, suite à la reddition, Miyazaki Airplane est aussitôt investie par l’armée américaine. Ainsi, le tout jeune Hayao ne connaîtra qu’indirectement les horreurs qui vont marquer la rétine de son futur collègue Isaho Takahata. Il développera ainsi un regard distancé sur l’étrange logique des militaires, mais gardera un regard émerveillé sur les objets volants de toutes sortes. Elevé sous la tutelle d’une mère intellectuelle mais rigide, coincé entre un frère plus âgé et deux autres plus jeunes, Hayao est un enfant relativement solitaire. La famille déménage fréquemment et lui fait changer trois fois d’école en 5 ans, ce qui n’aide évidemment pas à sa socialisation. Aussi, l’enfant se plonge dans la littérature d’aventure et découvre ainsi quelques trésors européens, parmi lesquels Jules Verne, Antoine de St Exupéry et Jonathan Swift qui auront un impact durable.
Les chiens fousA 17 ans, Hayao Miyazaki découvre le premier long-métrage d’animation du studio Toei,
Le Serpent Blanc, suivi de près par
La Bergère et le Ramoneur, l’œuvre partiellement achevée de Paul Grimault (qui après moult réécritures et aménagements, sortira en 1979 sous le titre Le Roi et l'Oiseau). Immédiatement impressionné, il décide de devenir animateur à son tour, quand bien même il ne sait alors dessiner que des avions et des sous-marins. Mais le cursus qu’il suit l’oblige à obtenir son diplôme en Sciences Politiques et Economiques avant qu’il n’aille proposer ses services à la Toei.
Engagé en tant qu’intervalliste, il va se lier d’amitié avec le vétéran Yasuo Otsuka, les jeunes Isao Takahata et Yoichi Kotabe au sein d’une équipe qui donnera au Japon ses premiers grands films d’animation, avant que le genre ne soit vampirisé par la télé. Ainsi, on remarque déjà la patte de Miyazaki dans le final du
Chat Botté (1969) et ses duels équilibristes dans un château en ruine, ou encore quelques scènes d’espionnage nocturnes des
Joyeux Pirates de l’Ile au Trésor (1971). Mais la pierre angulaire qui va sceller cette équipe sera le projet de
Horus Prince du Soleil (1968), film d’aventures réalisé par Hisao Takahata, qui pose les jalons stylistiques des décennies à venir. Les jeunes chiens fous ont le désir de rendre un produit parfait, une signature, en y engageant le temps et les moyens nécessaires, ce qui va immédiatement les mettre en conflit avec la direction de la Toei. Et le syndicalisme militant de Takahata, dont se nourrit abondamment Miyazaki, n’arrange évidemment pas les relations avec leurs patrons. Rendu en retard sur son planning,
Horus Prince du Soleil s’avère qui plus est déroutant pour le public de l’époque, amateur de dessins animés enfantins mais encore peu versés dans une acceptation plus large de l’animation. Le film est un échec.