Les jeux vidéo, l'Internet, ou plus largement les mondes virtuels, ne cessent de contaminer le cinéma contemporain. L'interférence entre ces différents médiums est constante comme on peut le déceler dans de nombreux blockbusters américains, mais aussi dans des productions plus minimalistes comme Chatroom d'Hideo Nakata et L'Autre monde de Gilles Marchand. L'actualité cinématographique confirme cette tendance qui dessine les contours d'un genre mutant, se développant au rythme de nos évolutions techniques. Il y a bien sûr des précédents comme Tron, film visionnaire usant de la 3D isométrique pour créer un univers pixellisé grandeur nature. Une petite révolution, dont on attend avec impatience la suite programmée pour 2011 (Tron l'héritage.) D'autres tentatives se sont avérées particulièrement ratées : Le Cobaye, nanar sympathique du cinéma bis des années 1990, dans lequel la technologie n'est qu'un simple prétexte pour réaliser un film d'horreur banal. Plus proche de nous, certains métrages comme Traque sur Internet, ne font qu'utiliser les modes de communication modernes pour livrer des récits classiques, sans réflexion particulière. La tendance actuelle, quant à elle, permet de réfléchir pleinement sur le sens de l'image, mais aussi d'aborder la thématique de la confusion entre réalité et virtuel, qui, autrefois, était traitée par le biais de formes fantastiques aux notes psychanalytiques. Deux grands courants s'imposent : les œuvres utilisant les mondes virtuels pour souligner leur discours et les films-sommes, qui intègrent de façon quasi-organique les univers artificiels.
Des films influencés
Le Net et le monde vidéoludique se substituent progressivement à la littérature, la peinture ou à la photographie dans l'esprit de nombreux cinéastes influencés par les progrès technologiques. Ce phénomène est particulièrement visible au Japon, où les industries du cinéma, des jeux vidéo, de l'Internet et de la bande-dessinée ont progressivement fusionné, entraînant une contamination des thèmes entre les différents médiums. Si Akira Kurosawa s'inspirait allégrement du folklore japonais et de Shakespeare (Le Château de l'araignée ; Ran), Nakata ou Kiyoshi Kurosawa lorgnent plutôt vers le Web. Dans Kaïro, K. Kurosawa utilise la métaphore des fantômes errant sur la Toile pour signifier l'appauvrissement des relations humaines. Si par le passé les spectres sortaient des puits, ils logent maintenant dans les écrans de PC et l'Internet. Les présences spectrales prennent un caractère humain, quasi-palpable, au sein d'une réflexion sur la réalité de l'image virtuelle. Le film démontre bien les changements esthétiques dans le cinéma contemporain, tout comme Chatroom, qui met en exergue le manque de communication entre des jeunes se contentant de discussions superficielles à distance. Nakata figure littéralement les modes d'expression des jeunes générations, qui usent à outrance du langage SMS. Dans ces deux métrages, les auteurs ont une vision négative des nouvelles technologies, celle-ci servant plutôt à souligner les maux qui touchent nos sociétés.
Il en est de même pour L'Autre monde, qui joue sur la figure de l'avatar, personnage pixellisé que l'on retrouve dans des espaces comme Second Life. Pour Gilles Marchand, il s'agit d'univers mortifères, peu propices à la connaissance de l'Autre. De gigantesques déversoirs de nihilisme. Pareil pour 8th Wonderland, qui se fonde sur la grande mode des réseaux sociaux comme Facebook ou Myspace, pour s'interroger sur notre évolution. Il en résulte un film utopique, resservant des vielles idées sous une forme actuelle. Rien de nouveau, malgré un dispositif original. Ces auteurs sont loin d'atteindre le talent de Sono Sion, cinéaste japonais encore trop méconnu en Occident, qui a bien capté l'essence des réseaux internet dans Suicide Club. Il disserte avec toute sa folie baroque sur la vacuité d'une société hyper-moderne, qui laisse ses citoyens se tuer comme s'ils allaient faire du shopping. Terrifiant.
Pour la SF on peut citer Strange Days de Kathryn Bigelow, qui construit son récit autour d'une sombre histoire de trafique de rêve, thématique proche du Total Recall de Verhoeven. Cronenberg a également apporté sa pierre à l'édifice avec eXistenz, qui décrit un monde futuriste où les joueurs sont reliés organiquement à un univers artificiel. Si l'idée est intéressante, elle n'est qu'un prolongement des sujets abordés par le Canadien dans ses films précédents (Videodrome.) N'oublions pas des productions comme Redacted ou Cloverfield, qui se servent de l'esthétique Youtube pour livrer un discours sur la réalité de l'image.
Du côté du virtuel sauce gamer, si la trilogie Matrix pourrait être considérée comme un ensemble de films-sommes, alliant univers vidéoludique et cinématographique, les frères Wachowski ne vont pas assez loin : ils usent de références esthétiques sans discours pertinent sur les formes abordées. Malgré ses défauts, Speed Racer est beaucoup plus réussi, les frères ayant réalisé une œuvre qui combine avec intelligence la Manga, le jeu vidéo et le cinéma. Une création singulière qui offre du jamais vu aux spectateurs.

