Par Nicolas Houguet - publié le 26 décembre 2007 à 00h04 ,
MAJ le 12 janvier 2010 à 15h56 - 0 commentaire(s)
C'est incontestablement dans Million Dollar Baby qu'il livre l'une de ses plus belles prestations. Il forme un duo parfait -presque un vieux couple- avec Clint Eastwood, ici vieil entraîneur de boxe bourru. Freeman est un ancien boxeur, borgne pour avoir livré trop de combats, et réduit à essuyer la sueur des autres sur le plancher d'une vieille salle de sport. Il est celui qui va adoucir Clint, l'encourager à prendre Maggie (touchante Hilary Swank) sous son aile et la former pour qu'elle puisse boxer. Il s'agit là d'un film centré sur les personnages et sur leurs motivations, leurs erreurs passées et les démons qui les hantent : Eastwood ne voit plus sa fille, Swank commence à être trop vieille pour boxer et veut se détacher de sa famille de parasites, Freeman est un vieux boxeur qui porte les stigmates d'une carrière sans gloire. Chacun est marqué profondément, ce qui donne toute sa force à ce chef d'oeuvre, émouvant bien avant son dénouement, tant ses héros sont complexes, pleins de fêlures et d'authenticité. Ils attirent immédiatement une empathie et une identification instantanée. La mise en scène est sobre, minimaliste, classique. Se dégage de ce film une intensité rare, un constat nuancé et bouleversant sur la nature humaine. Il peut être tour à tour léger et grave. Il fait passer par toutes les humeurs.
Car ce film est concentré sur les rapports entre les gens. La voix-off, celle du narrateur, est naturellement celle de Morgan Freeman qui rythme et encadre ce film, avec sa simplicité et sa sérénité habituelle. Cela ajoute encore à la retenue, la sobriété et l'élégance du film. Peu d'effets, beaucoup de suggestions, beaucoup de profondeur, à l'image de ce que le comédien a exprimé et incarné si souvent. Eastwood sait capter l'essence de ses interprètes, que ça soit la douleur furieuse de Sean Penn dans Mystic River ou l'humanité simple et profonde de Freeman.


Dans Gone Baby Gone, Ben Affleck adapte pour l'écran un roman de Dennis Lehane (auteur de Mystic River). Morgan Freeman y incarne un flic dont la fille a été assassinée, il n'a donc pas la froide distance que les enquêteurs ont vis à vis des affaires sur lesquelles ils travaillent. Il est impliqué, bouleversé, identifie sa douleur à celle des victimes.
Pour autant Freeman ne se laissera pas enfermer dans ces sombres univers. Il prête de fort belle manière sa voix à la version américaine de La Marche de l'empereur. Il apparaît au générique du renouveau inespéré de Batman Begins de Christopher Nolan, où il est de ceux qui n'ont pas trahi l'esprit des parents de Bruce Wayne (avec Michael Caine). Il reprendra ce rôle de Lucius Fox dans The Dark Knight, le Chevalier Noir, où il s'affirmera plus encore comme le loyal complice de Bruce Wayne. Il formera des duos avec d'autres acteurs glorieux dans des films dont ils sont le seul intérêt (avec Redford dans Une Vie inachevée, avec Jack Nicholson dans Sans plus attendre). Il a également campé la figure tutélaire des tueurs de Wanted, se livrant à une performance plus contrastée. Enfin avec Invictus, il retrouve le grand Clint dont il est devenu le complice pour interpréter le rôle d'un grand homme, Nelson Mandela. Cela nous rappelle à quel point ce comédien fait autorité et par sa belle carrière, inspire une immense révérence.

 

 

 

C'est sa faculté à créer l'empathie qui rend cet acteur exceptionnel. Il peut vous attacher à lui, à son rôle et à ce qui se passe à l'écran. Il est souvent celui qui guide. Il communique avec force une émotion, un état d'âme. C'est là la marque d'un comédien immense dont le visage et la voix évoquent beaucoup plus qu'un rôle ou un film, mais tout un pan de l'histoire du cinéma américain, à l'image des plus grandes références, des icônes telles que Humphrey Bogart, Gary Cooper, ou Clint Eastwood. Morgan Freeman est assurément de cette trempe.


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