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Mort Ou Vif : Decryptage [page 1]

Par Nicolas Lemâle - publié le 06 août 2008 à 12h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 17h03 - 0 commentaire(s)
Pour Sam Raimi, point de salut. Le « self-made director » restera pour toujours dans la mémoire du public comme le géniteur de deux trilogies colossales reconnues internationalement, Evil Dead et Spider-man. Deux références, l’une en guise d’ouverture de carrière fulgurante, l’autre en forme de consécration artistique. Chacun à leur manière, deux triomphes personnels qui ont largement occulté l’entre-deux cinématographique du metteur en scène, pourtant largement à la hauteur de ses deux grandes sagas fantastiques : Darkman, pour certains le film comic-book définitif ; Un plan simple, bijou de polar qu’on jurerait réalisé par ses vieux potes, les frères Coen ; ou même Intuitions, thriller paranormal et formidable numéro d’acteurs pour l’ensemble du casting. Des oeuvres réussies, mais des échecs financiers à chaque fois (on ne parle même pas de Pour l’amour du jeu), qui entérinaient l’idée, dans les années 90, que Sam Raimi était un génie incompris qui aurait mieux fait de continuer à bricoler ses films d’horreur loin d’Hollywood (alors qu’il était parallèlement le producteur heureux des juteuses franchises télé Hercule et Xéna).

Mort ou vif aurait pu être un coup de grâce pour le jovial réalisateur. Grosse production censée redonner un coup de fouet au genre du western, enterré avec les honneurs par Eastwood lui-même, The quick and the dead (titre original) a même eu l’honneur d’être présenté hors-compétition au festival de Cannes. L’effet Sharon Stone, sans doute, qui en 1995, bénéficiait encore des ondes positives post-Basic Instinct. Mais le film fait un four : à peine 18 millions de dollars de recettes, auxquelles s’ajoutent des critiques guère tendres avec les tentations post-modernes de Sam Raimi. Comme Wyatt Earp, comme les quelques autres tentatives de la décennie de faire rimer revolver et box-office, celle-ci se solda par un échec sans appel. Une sentence injuste, et un coup dur pour Raimi, qui attendra trois ans avant de repasser derrière la caméra. Mort ou vif souffre sans doute d’avoir été en avance sur son temps. Lapalissade ? Pas vraiment : à l’heure où Costner et Eastwood dissertent sur la frontière ténue entre légende et réalisme, Sam Raimi ose rescusciter les grandes figures du western spaghetti, et faire de son sex-symbol féminin un Django en cache-poussière, blonde comme les blés et rapide comme l’éclair. Okay, Johnny Guitare était là avant, mais franchement, n’était-ce pas du jamais vu dans le genre ?

Soit donc une femme sans nom, débarquant un beau matin dans la petite ville de Rédemption, un trou perdu écrasé sous le soleil où un tyran nommé John Herod règne sans partage. Celui-ci ameute chaque année les meilleurs tireurs de l’Ouest, à l’occasion d’un concours de duels dont il écrit lui-même les règles. A la clé, la somme énorme de 123 000 dollars pour le vainqueur. Notre héroïne est bien sûr venue pour le tournoi, tout comme le Kid, le propre fils d’Herod, que celui-ci refuse de reconnaître ; le taciturne Sergent Cantrell (« vous écrivez ça comment ? » lui demande-t-on au moment des inscriptions. « Sans faute » répond-t-il en fumant sa pipe !) ; ou bien encore Ace Hanlon, un magicien vantard et haut en couleurs qui se prétend aussi bon d’une main que de l’autre. Une faune hétéroclite et particulièrement dangereuse, donc, attirée par l’appât du gain. La femme sans nom, elle, a plutôt un compte personnel à régler avec Herod : une vengeance qu’elle prépare et rumine depuis vingt ans...
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