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My Brother's Wedding : Charles Burnett [page 1]

Par David A. - publié le 08 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 11h41 - 0 commentaire(s)
Il y a des cinéastes qui se cherchent film après film et il y a ceux qui imposent une griffe dès leur premier long-métrage. Le cinéaste afro-américain Charles Burnett est de ceux là. Enfant du ghetto de Watts à Los Angeles, il est l’un des rares étudiants noirs qui eurent accès à l’université à la fin des années 60, époque à laquelle il réalise son premier court-métrage Several friends. Opérateur sur différents films indépendants dans les années 70, ce ne sera qu’en 1977 qu’il réalisera son premier long-métrage Killer of sheep, considéré comme un chef d’œuvre du cinéma américain. Entamé quatre ans auparavant, Killer of sheep est un film de thèse de fin d’année que Charles Burnett tourne par petits bouts chaque week-end avec des non-professionnels du quartier où il a grandi dans l’optique non pas de le distribuer sur les écrans nationaux mais de le montrer dans l’environnement de l’université. Mais tout au long des années 80 le film acquiert un statut de film culte et ce ne sera que trente ans après qu’il connaîtra la consécration avec une sortie sur grand écran.



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Killer of sheep témoigne déjà de sa principale préoccupation, celle du quotidien des minorités noires, marginalisées dans des quartiers de banlieue, si possible très loin des quartiers résidentiels pour les familles blanches aisées. Autour du personnage de Sam, ouvrier dans un abattoir de moutons et père de famille, aux prises avec la fatigue et la misère qui l’empêcheront de s’épanouir, Charles Burnett fait le portrait d’un ghetto qui souffre en silence tout en démontrant une certaine tendresse envers ceux qui y habitent. Dans la veine du réalisme social, Burnett tourne ce qu’il voit tous les jours, sans artifice ni mirage. Si l’on pense naturellement au néoréalisme italien, le cinéaste lui, préfère citer Jean Renoir et son film L’homme du sud comme une référence essentielle dans laquelle il entrevoit le premier film qui échappe au regard des Blancs sur les Noirs mais où les deux communautés sont montrées pour ce qu’elles sont, sans stéréotypes. La justesse du regard est l’une des clefs du cinéma de Charles Burnett, une volonté d’observer plutôt que de créer un univers factice, une volonté de démystifier plutôt que de faire illusion. Le film de fiction flirte avec le cinéma documentaire et Charles Burnett nous parle de ce qu’il connaît le mieux, le ghetto.

Dans son second long-métrage, My brother's wedding, le cinéaste continue de scruter les mouvements de sa banlieue de Watts. Ici non pas l’histoire d’un adulte père de famille mais d’un fils, Pierce, qui traîne entre le pressing de ses parents et les rues de la ville en compagnie de son meilleur ami Soldier, tout juste sorti de prison. Un film sur une jeunesse en ébullition et en manque de repères qui commence à refuser les enseignements des parents. Tout comme dans Killer of sheep qui entraînait Sam dans une crise qui l’éloigne des siens, Pierce s’éloigne également de sa famille, en particulier de son grand-frère qui désire faire carrière et mener une vie aisée. Paradoxalement Pierce est attaché au ghetto parce qu’il y ressent le besoin d’y vivre tout en contestant les rêves bourgeois de son frère. Refus de l’effort et du dépassement de soi, Pierce est fier de ses origines modestes et d’une certaine attitude marginale à contre-courant des attentes que l’on porte en lui. Enfant perdu ou au contraire lucide ? Burnett ne fait jamais de ses personnages des êtres arrogants ou caricaturaux mais toujours des êtres qui portent en eux une blessure, une fragilité qu’ils tentent de dissimuler.



La mise en scène de Burnett refuse tout éloge, toute grandeur d’une communauté qui se placerait au-dessus des autres. Le cinéaste se confronte totalement à l’héritage cinématographique de la vision des communautés noires, autant celui des grandes productions hollywoodiennes que celle de la blacksploitation qui déforme à outrance un sentiment d’appartenance à une communauté en une force de frappe et d’orgueil. Le ghetto n’est pas à ses yeux un abri, un refuge ni un sanctuaire mais un lieu de vie et de mort, de joies et de souffrances. Burnett ne joue pas les contrastes donc (non pas le blanc contre le noir) mais les nuances, les détails et surtout une sincérité à toute épreuve.


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