Par Nikolaï Galitzine - publié le 12 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 12 octobre 2009 à 11h47 - 0 commentaire(s)
Dans la dernière partie du film, Jeanne (Monica Bellucci) échappe à la relative sécurité de ce qui semble être la maison de sa mère, au moins formellement. Elle régresse ici en se transformant en une jeune enfant, Rosa Maria (Vittoria Meneganti), que nous avons déjà vu apparaître à différents moments du film. Ce changement final se présente comme un soulagement, quelque chose d’inattendu, même au sein de cette narration liquide, mouvante. Nous sommes autorisés à régresser vers le sein maternel et à nous échapper du chaos du monde adulte, mais seulement pour être détruit dans un accident de voiture terrifiant.
Marina refuse de nous offrir un instant de répit, quoi qu’il arrive.
Pour un court moment, on nous concède la convention d’un stress post-traumatique capable d’imposer une logique à ce que nous avons vécu. Mais ce confort est vite dissipé lorsque Rosa-Maria accomplit sa transformation prédestinée en la Jeanne inaugurale du film (Sophie Marceau), sans effets spéciaux ni emphase.
Le cercle complet est achevé, et le mélange des personnages rejoint un point de résolution, dont nous ne pouvons que nous demander s’il a été atteint par la réalisatrice elle-même.



Dans le langage moderne de la narration, Marina utilise le dispositif du « Retconning », ou de la Continuité Rétroactive, pour constamment réformer ce que nous avons vécu, comme un moyen d’éliminer notre besoin de logique et de nous plonger dans les souvenirs et les émotions constamment changeants de son existence. Même avec l’addition d’une quatrième femme, la jeune mère de la défunte Jeanne d’autrefois (Miriam Muller), qui génère une confusion supplémentaire lors du dénouement, ces personnages secondaires prêtent une logique délirante à l’expérience finale du spectateur. Pour Marina, il semble que l’ingestion du film en tant qu’objet global soit plus importante que la dissection de ses éléments singuliers. Malheureusement, nous n’avons aujourd’hui que des films comme l’Inland Empire, de David Lynch, qui prennent un risque comparable à celui-ci - pour employer une comparaison superficielle. Il est en tout cas très rare qu’un film parvienne à naviguer dans des eaux tellement inconnues. Et nous devrions être heureux, en tant que spectateurs, qu’il y ait des gens assez courageux pour être aussi purs, naïfs.



Marina de Van est destinée à errer de lieu en lieu, portant sa nudité comme une encombrante charge. On peut seulement espérer, pour le public du cinéma, qu’un jour elle soit rejointe par d’autres metteurs en scène, qui seront eux aussi autorisés à se dépouiller des outils rôdés de la narration cinématographique, et à s’asseoir auprès d’elle sans craindre d’être honnêtes : le dernier crime d’un artiste, et son premier devoir.
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