Par - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 11h20 - 0 commentaire(s)
Les grands films que l’on n’arrive pas à aimer, ils sont nombreux. Tous ces chefs-d’oeuvre appréciés, encensés, défendus, cultes.... qui à l’arrivée déçoivent. Pour certains, un constat peut-être même inavouable. L’occasion pour nos journalistes de défendre leur point de vue, non pas de manière objective mais de manière personnelle, posée et argumentée. Nous attendons vos réactions dans les forums !

SLUMDOG MILLIONAIRE, de Danny Boyle
Un film complètement surestimé à mon goût. Car derrière ses quatre Golden Globes et huit Oscars, peu de cinéma. Mais on s’en doutait : comme son compatriote Guy Ritchie, Danny Boyle patine dans la semoule depuis les années 1990 (Trainspotting), et n’en finit pas de ressasser ses vieux tics visuels à toutes les sauces. Cette fois tandoori : Slumdog Millionnaire prend ses quartiers en Inde, pays d’extrême pauvreté, mais aussi d’enrichissement rapide. Jamal, l’ancien gosse des bidonvilles de Mumbai, participe à l'émission Qui veut gagner des millions. En parallèle, des flashbacks sur sa vie : ses bonnes réponses viendraient du souvenir d’épisodes vécus. Sur cette base scénaristique improbable, le film procède comme un conte d’apprentissage. Pourquoi pas. Mais la magie n'opère jamais, Boyle cédant au maniérisme facile et à l'exotisme trash hérité de La cité de Dieu, de Meirelles. En plus vulgaire : ses bidonvilles sont rendus bidon par tant d'hystérie vaine. Les couleurs pètent comme dans un clip de Bollywood, les enfants affamés se font courser par les flics en riant, les mamans pauvres rouspètent, impuissantes devant toute cette violence. Tout sonne terriblement faux, forcé, bling bling. Les personnages n'existent pas (mention spéciale à l'acteur principal), relégués au rang d’idées, jolies vignettes lisses et sans âme à regarder.


Sans surprise, pour raconter « les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire » (titre du roman), sujet qui lui permet au passage de recycler une énième fois le thème de l’avidité, Boyle n’a pas cherché à gommer ses énervantes figures de style MTVesques. Il les a au contraire systématisées : tout le film est jonché de plans en diagonale, plus ou moins de travers : franchement, à quoi bon ! L’agressivité du montage, frénétique, et l’intensité sonore de la bande originale (et pourtant j'adore M.I.A), aseptisent le moindre chouïa d'émotion potentiel. Pas de répit en effet chez l’ex-wonderboy du ciné anglais, qui semble s'agiter de peur de nous ennuyer. Jusqu’au bout (la ridicule scène finale, entre pastiche ringard de Scarface et hommage lourdingue aux films bollywoodiens, le tout filmé au ralenti) on reste dans l’Entertainment impersonnel et m’as-tu-vu : vif mais sans vie, séducteur mais sans saveur. Bref un produit de grande consommation parmi d'autres (plus ou moins intéressants), dans la même case (le film de bidonville branché) : avant lui La cité de Dieu, bientôt Sin Nombre.
Eric Vernay

LA TRILOGIE SEIGNEUR DES ANNEAUX, de Peter Jackson
Certains maudiront ce choix. Certains me traiteront de parjure. Mais la trilogie du Seigneur des anneaux n'a pas du tout rempli les espérances que je mettais en elle. Alors que j'avais dévoré les livres, poussé jusqu'à lire et relire Les Contes et Légendes inachevés plusieurs fois tellement j'aimais les récits de Tolkien, je n'ai trouvé dans les trois films que des déceptions. Commençons par les personnages, brillants pour certains, fades pour d'autres, à l'image de Frodon, énervant à souhait joué par Elijah Wood transparent au possible, ou encore Orlando Bloom dans une parodie de la mystification du personnage de Legolas pourtant tellement bien décrit dans les livres. Il n'est certes pas évident d'adapter pareille fresque au cinéma et on peut comprendre que Jackson n'ait pas eu le temps et le loisir complet de rendre parfaitement le travail de Tolkien à l'écran... Autre déception concernant certains effets spéciaux et notamment la "fameuse" scène du gouffre de Helm où les défenseurs sont censés être des milliers à protéger les murailles de la dernière citadelle du Rohan. Des plans larges en images de synthèse donnent effectivement un rendu satisfaisant mais dès que l'image passe en plan rapproché, il n'y a plus personne et les profondeurs de champ laissent sceptiques révélant parfois des décors un peu trop parfaits pour une forteresse millénaire.


Images de synthèse... Souvent un souci lorsque les personnages courent, on a l'impression qu'ils avancent sur de la glace et glisse légèrement, cela donne des sensations assez désagréables et retire de la crédibilité aux scènes. On peut aussi relever, en parlant de crédibilité, la phase "surf sur les escaliers" de Legolas encore dans le gouffre de Helm qui n'est pas du tout dans le livre et qui n'apporte absolument rien à l'histoire hormis faire passer l'elfe pour un jongleur de cirque. Peter Jackson rend au final trois films qui ne prennent pas le temps de plonger plus profondément dans l'histoire et qui ne font que survoler cette immense œuvre qu'est celle de Lord of the ring. En soi, Le Seigneur des anneaux est une bonne trilogie qui a énormément de qualités, mais qui n'a pas du tout réussi à me séduire. Me direz-vous, c'est aussi le propre d'un film d'adapter l'histoire en fonction du format, sauf que je ne trouve pas d'alternative à ma déception.
Clément Sautet

Vos réactions


logAudience