La rédaction dvdramienne, toujours à l'affût de vos réflexions cinéphiliques, donne un coup de projecteur sur ces films qui se veulent des biographies, communément appelés biopics. Quelques uns de nos rédacteurs se sont donc amusés à choisir et traiter les biopics qu'ils ont le plus appréciés... Et toi, c'est quoi ton biopic préféré ?
LARRY FLINT, Milos Forman, 1997
On se souvient d’abord de Larry Flint par son affiche censurée, représentant Woody Harrelson dans une position christique, le drapeau américain enroulé autour de sa taille nue et crucifié sur le bas-ventre d’une femme au string blanc. Crucifié surtout sur l’autel du bien pensant. Quelle ironie, pour un film qui traite de la liberté d’expression, de se voir désapprouvé dès sa campagne promotionnelle ! Milos Forman filme juste, pointe du doigt la Constitution américaine et fait imploser le politiquement correct. Mais si Larry Flint est l’homme de toutes les extravagances, le réalisateur pose sa caméra sur la déchéance, symbolisée par une Courtney Love novice qui incarne Althea comme si elle avait été actrice toute sa vie. Le film repose en grande partie sur la performance de Woody Harrelson, pornographe moqueur, intellectuel transgressif, mari désespéré. Libre malgré son fauteuil roulant et la souffrance de la balle qui allait le paralyser. Le premier amendement en ligne de mire, la biopic du futur réalisateur du génial
Man On the Moon déclenche le rire comme la consternation pour un pays qui donne beaucoup de leçons, mais qui n’est pas toujours prêt à en recevoir. Comme la France d’ailleurs…
I'M NOT THEREPeu de gens ont cristallisé les fantasmes et l'hystérie comme Bob Dylan, véritable incarnation de la musique populaire américaine et de tous ses aspects à lui tout seul. La complexité et le talent multiple du personnage n'appelait pas un biopic classique et linéaire à la
Ray ou à la
Walk the line, tous deux très bons, mais extrêmement appliqués et classiques. Si l'approche de Todd Haynes a été validée par le grand homme -du moins, il ne la refusa pas-, c'est parce que dans le fond et dans la forme, il sortait totalement des sentiers battus. Son Dylan à lui est éclaté, multiple, insaisissable, conceptuel. Tour à tour, il lui prête les traits d'un enfant black de l'Amérique de Steinbeck, héritier de Woody Guthrie, d'un poète maudit à la Arthur Rimbaud, d'un acteur pendant le cinéma en liberté de la nouvelle vague, d'un prêcheur, d'un cow boy au fin fond d'un western crépusculaire, d'une star psychédélique perdue dans un univers fellinien. Toutes les facettes sont là, incarnées par des comédiens extrêmement différents : d'un garçon de dix ans à une Cate Blanchett impressionnante de mimétisme, d'un Heath Ledger en acteur à la vie sentimentale tourmentée, à un Richard Gere pris entre
les Moissons du ciel et
Pat Garrett et Billy le kid, jusqu'à Christian Bale, icône contestataire qui se fait pasteur. Le film est un patchwork fascinant, expérimental, qui échappe à absolument tous les pièges de la biographie filmée. Il a un côté ambitieux et hermétique qui rappelle un cinéma artistique d'une autre époque. Il est rassurant de voir un tel objet débarquer au milieu de la nôtre. On ne peut l'identifier à aucun genre et il en évoque beaucoup. D'une certaine manière il ressemble énormément à Dylan et à son mystère, à son intégrité artistique presque farouche. Plutôt que de raconter la vie de ce cher Bob avec application, Haynes en évoque l'esprit. Autant dire que pour n'importe quel fan, il s'agit là d'un véritable régal et d'un hommage à la hauteur. Pour les autres... Disons que les autres devraient se mettre à écouter Dylan. Après tout, les vrais génies ne courent pas les rues...