Par La Rédaction - publié le 18 avril 2008 à 17h00 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 14h21 - 0 commentaire(s)
7 HOMMES A ABATTRE
7 Hommes à abattre compte parmi les réalisations de Budd Boetticher les plus réussies. En véritable artisan du grand Hollywood classique, il reste une des figures les plus marquantes, dont le mythe continue toujours d'exister. Ce n'est pas étonnant que nombre de grands réalisateurs actuels lui vouent encore un culte. Car, il est vrai, le poids des années n'a rien enlevé de la force et de la puissance du scénario à consonance de vendetta que représente 7 Hommes à abattre, réalisé pourtant en 1956. Non content de posséder un univers débarrassé de tous les oripeaux ampoulés à la John Wayne et consorts, le film est assez court (1h15) et déploie un univers aride et âpre, à l'image véhiculée par le Far West. La principale qualité du film de Budd Boetticher réside dans le fait d'aller à l'essentiel sans jamais tomber dans la dimension psychologique à outrance qui va œuvrer à tort ou à raison par la suite. Sa mise en scène ne passe jamais par quatre chemins pour expliciter les propos qui y sont tenus. Simple, direct et rentre-dedans comme il faut. On pourrait dire que la sobriété extrême du film lui insuffle une force quasi intemporelle, tant le métrage traverse les âges. Une mécanique si bien huilée qu'elle dynamise la mise en scène et fonctionne de manière percutante sans jamais s'essouffler. Le scénario relate l'histoire d'un héros iconique et impartial qui veut la peau de 7 énergumènes, coûte que coûte. Aidé à mi chemin dans sa quête de rédemption par un précieux acolyte, il va poursuive corps et âmes ses proies de manière immodérée. Le film bénéficie du charisme de Lee Marvin et d'un Randolph Scott qui transcendent leurs rôles respectifs. Le personnage de Marvin est à ce sujet truculent, campant un personnage sournois, manipulateur et totalement aveuglé par la récompense qu'il tirera des cadavres des sept hommes qui sont mis à prix. La manière dont le cow-boy applique sa vengeance implacable jure profondément avec l'approche nuancée des héros de l'époque. Loin de tout état d'âme, la "rugosité" et la nervosité du héros de 7 Hommes à abattre impose un personnage peu cérébral qui se pose très peu de questions, et agit avec une facilité déconcertante. Simple, direct et efficace. Un pur un vrai western.


EAGLE'S WING
Eagle's Wing est un film atypique comme l'ensemble des westerns postérieurs à La Horde Sauvage de Peckinpah. S'inscrivant dans la droite lignée de Little Big Man et Un Homme Nommé Cheval, Eagle's Wing met en scène une galerie de personnages de manière moderne et réaliste. Réalisé en 1979, ce western est sorti injustement de l'Histoire du cinéma aussi vite qu'il en est rentré. Son réalisateur n'est pourtant pas un inconnu : Antonin Harvey, le célèbre monteur de Lolita et du Dr Folamour. Cinéaste venu du théâtre, il a toujours œuvré pour un cinéma indépendant et profond. Ambitieux et exigeant, il est à l'origine de deux chefs d'œuvres : le premier étant Le Lion en hiver réalisé en 1968 avec sa galerie de stars comptant entre autres Peter O'toole, Katharine Hepburn et le tout jeune Anthony Hopkins. Son second chef d'œuvre n'est autre que L'espion qui venait du froid, l'un des plus beaux et puissants films d'espionnage. Eagle's Wing, pour sa part, met aussi en scène deux grandes figures : Harvey Keithel et Martin Sheen. À l'époque, ce dernier sortait tout juste du traumatisant et onirique Apocalypse Now de Coppola. Et hasard en était, Martin Sheen reprit au pied levé le rôle principal tenu originellement par Harvey Keithel qui avait plié bagage au bout d'une semaine de tournage sur le film de Coppola. Il s'était fait surtout connaître par l'immense premier film de Terrence Malick quelques années auparavant avec La balade Sauvage. Quant à Harvey Keithel, il fit ses premières armes sous la houlette de Scorsese dans Who's that knocking at my door?, Alice n'est plus ici et Taxi Driver, sans oublier sa collaboration dans Les duellistes de Scott. L'indien d'Eagle's Wing est joué par Sam Waterston qui marqua les esprits dans Les portes du paradis de Cimino et dans le film de Woody Allen Anna et ses Sœurs. Le rôle féminin incombe à la superbe et très chabrolienne Stephanie Audran. Bref… Vous l'aurez compris le film peut s'enorgueillir de posséder son lot de talentueux acteurs. Ealge's Wing propose donc un casting incroyable pour un western qui l'est tout autant. Le film dépeint avant tout une fable, entre un indien alcoolique (Sam Waterston) et un cow-boy trappeur (Martin Sheen) qui sont tous deux à la poursuite du même cheval. Une trame narrative très épurée qui se rapproche de celles des films de Bourman. Quatre histoires parallèles vont se greffer autour de ce cheval, se déroulant séparément pour finir pas se rejoindre. Le film progresse dans une atmosphère éthérée accompagnée par de rares dialogues, ce qui renforce le mysticisme ambiant. Eagle's Wing a beau posséder tout les lieux communs avec ses décors du Fart West, ses indiens, ses attaques de diligence, ses bandits de grand chemin, etc., le réalisateur Antonin Harvey arrive avec poésie à transcender son sujet pour offrir l'un de ces derniers grands Westerns post Peckinpah. Le brio réside dans l'approche profondément humaine des rapports entre les personnages. Les indiens sont avant tout des gens attachés à leur culture et à leur liberté, et c'est la valorisation de cette culture et de cette liberté que va être magnifiée. Le final symbolique proche de La Strada est très poignant : malgré les nombreux défauts affichés des personnages, tous sont des êtres faits de chair et de sang. Et plus particulièrement celui du cow-boy, sa condition de trappeur rude et violent se cristallise au travers des larmes qu'il verse. Il est comme mis à nu de manière humble, sans tambour ni trompette, concluant cette fable morale à découvrir ou redécouvrir.


Dossier rédigé par Nicolas Houguet, Vincent Martini, Florent Kretz, PitouWH, Flavien Poncet, David A., Gilles Botineau, Gwenael Tison.
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