Par Nicolas Houguet - publié le 06 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 06 octobre 2009 à 16h08 - 0 commentaire(s)
World Trade Center
World Trade Center était avant tout un hommage aux victimes du 11 septembre qui a beaucoup pris de cours. On attendait sans doute de Stone un récit polémique (à l'image de Farhenheit 9/11 de Michael Moore). Or il n'en fait rien, colle à l'événement en train de se produire et aux vies qu'il affecte. Il élève une sorte de mémorial cinématographique à cette tragédie. Nicolas Cage, pompier qui a déjà connu l'horreur des attentats, se trouve coincé sous les décombres, avec l'un de ses collègues. Dans le noir total et sous un enchevêtrement inextricable d'acier, ils sont piégés et parlent entre eux pour se maintenir en vie. Ils se raccrochent à ce qui reste lorsque tout semble perdu, l'amour qu'ils éprouvent pour leurs proches. On voit leurs familles, ballottées dans la stupeur de ce jour-là et l'inquiétude horrible de les savoir disparus.



Stone va très loin dans les symboles, appuie un peu trop ses effets (notamment dans une métaphore christique extrêmement affirmée), et pousse quelque peu certains clichés (les personnages deviennent tous représentatifs de la diversité de la société américaine. Il adopte la structure chorale typique des films catastrophes). Il n'a jamais été reconnu pour sa finesse. Les ficelles dont il use sont assez conventionnelles, sans cette audace formelle qu'on lui a souvent trouvé ailleurs. Le respect sincère et l'humilité qu'il a à traiter ce sujet, accouchent d'une oeuvre plus et plus policée aseptisée que celle qu'on attendait de lui. Cependant, il ne mérite pas le déchaînement de critiques qui lui ont été faites. Le film n'est ni raté, ni racoleur, ni malhonnête. Il est au contraire plein d'une humanité, d'une émotion sincère (qui vire certes vers le sentimentalisme). Cela se serait perdu s'il était parti dans une veine plus contestataire. D'autre part, Stone, célèbre pour critiquer les travers de son pays, montrait qu'il pouvait simplement l'aimer, à hauteur d'homme, quand dans le choc d'un drame tous les liens se resserrent. Il faut voir World Trade Center comme une oeuvre maladroite sans doute, mais intègre et respectueuse (peut-être trop), dictée par un patriotisme dénué de ses relents nauséabonds: Stone se concentre sur la dimension humaine du drame. Certes ce n'est pas là son meilleur opus. Il tentait ici de revenir en grâce après le bilan mitigé d'Alexandre. Mais à le revoir, on ne peut lui dénier sa sincérité. World Trade Center est bien loin d'être un film indigne ou incohérent dans son parcours.



Cette passion, ces excès et parfois même ces contradictions font partie de son style. Tout cela fait qu’on l’aime ou qu’on le déteste. Il n’illustre pas l’histoire, il ne l’interprète pas seulement, il la fait sienne, ce qui est son privilège de créateur. Il s’y engage totalement. Ainsi il prend souvent à contre-pied, par la sensibilité extrême qu'il met dans son sujet. Il peut faire preuve d'un sens de la nuance inattendu, dépeindre avec acuité une psychologie tourmentée (Dans Nixon ou dans W. : l'improbable président, où il n'a pas transformé Bush fils en bouffon). Il peut également en exalter les symboles, à sa manière excessive (brillamment dans JFK, d'une manière plus emphatique dans Alexandre, plus convenue dans World Trade Center). Son interprétation de l'histoire est profondément subjective et sensible. Il en donne une représentation personnelle et souvent pleine de souffle. Il a adopté une forme qui a exploré toutes les audaces (et les outrances) pour dépeindre la réalité qu'il ressent, comme on le verra dans la dernière partie de ce portrait.

Nicolas Houguet
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