S’il est un homme qui déchaîne les passions, c’est bien
Oliver Stone. On le déteste ou on l’aime jusque dans ses excès et son engagement. C’est un metteur en scène entier. Aucun de ses films n’est sorti sans qu’une polémique ne se déclenche. Parce qu’il y va et à fond, il fonce dans le tas (dans la forme comme dans le fond). Ses films sont profondément personnels, violents, engagés jusqu’à frôler le sectarisme ou la caricature parfois. L’homme est totalement impliqué dans ce qu’il fait, dans une posture presque fusionnelle. Il s’investit dans ses films au point qu’on se demande s’il n’y risque pas sa vie. Ils sont tous intenses, furieux, révoltés, excessifs, totalement engagés, parfois agaçants. Mais son intégrité et son honnêteté ne font pas de doute. Son œuvre est sa vie, depuis le début (comme on le verra dans la première partie de ce portrait). Avec la sortie de W. : l'improbable Président (le 29 octobre), il a adopté une approche plus nuancée, plus assagie dans la forme, tendance déjà présente d'ailleurs dans le portrait de
Nixon qu'il a dressé il y a quelques années. Il n'est pas manichéen comme on pouvait s'y attendre et comme il le fut jadis.
Son oeuvre est donc multiple et ne peut se traiter d'un seul bloc. Il faut cependant commencer par souligner sa portée extrêmement autobiographique, une manière d'aborder l'histoire par son intimité et sa subjectivité, son expérience propre qui fonde son oeuvre de cinéaste.
Il est né en 1946 dans une famille new yorkaise assez aisée (son père travaillait à Wall Street, ce qui donne au film éponyme une portée assez autobiographique). D'un milieu privilégié et conservateur, il grandit dans la haute société. Jeune idéaliste (et républicain convaincu alors), il veut faire ses preuves en tant qu'homme en s'engageant dans la guerre du Vietnam (pour voir s'il était capable d'y faire face). Revenu traumatisé et marqué par l'expérience, il a consacré sa vie et son œuvre a exploré ses blessures, la face cachée du rêve américain, créant au fur et à mesure des films une sombre mythologie moderne.
Il officie d’abord en tant que scénariste des films comme
Midnight Express ou
Scarface et participant à l'adaptation de
Conan le Barbare, oeuvres mythiques et détonantes. Il dénonce dans l’un les tortures et les traumatismes atroces d’un homme arrêté pour détention de Marijuana en Turquie et que la prison va briser. Dans l’autre, il transforme le mythique personnage du gangster Tony Camonte (son nom dans le roman original d’Armitage Trail) en Tony Montana, immigrant cubain rejeté par Fidel Castro, réinterprétant du côté obscur le motif du « self made man ». Il choisit pour ses scénarios marquants, un sujet directement inspiré de faits réels ou d’un enjeu cinématographique fort (la brutalité sans concession et les temps farouches de
Conan le Barbare). Il joue à la fois sur l’implication « citoyenne » du spectateur, ses convictions et ce qu’il attend d’un film (le suspense, les frissons, la fascination obscure). Une œuvre engagée certes mais également divertissante.