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Comme tous les films de Gray, Two Lovers, on l'attend, parce que c'est quelqu'un qu'on aime. Il a fait Little Odessa, un film qui m'a beaucoup marqué. C'est quelqu'un dont on attend beaucoup. Ils sont quelques uns comme ça en Amérique : Paul Thomas Anderson... On attend d'eux qu'ils nous fassent des grands films américains, ce qui n'est pas tellement le cas actuellement. Le cinéma américain n'est pas plus brillant que le cinéma français, le cinéma est mondialement sinistré."
Bertrand BlierJules et Jim,
Vicky Cristina Barcelona,
Une femme est une femme,
Deux garçons, Une fille, Trois possibilités et aujourd’hui
Two Lovers... Le cinéma regorge d’histoires d’amours complexes et triangulaires où les parties se complètent, se disputent, s’aiment et se battent. Si le dernier film de James Gray ne constitue pas réellement un récit sur le triolisme au sens premier, il nous emmène sur les pistes des sentiments tiraillés, sur les voies de l’amour véritable et l’amour fantasmé. Avec Joaquin Phoenix au centre de cette extraordinaire et banale affaire amoureuse, James Gray rend ici hommage aux films d'amour avec un grand A en traçant un portrait de ce sentiment si complexe. L'étudiant dans ses moindres recoins et pointant du doigt les travers de nos tristes existences en quête perpétuelle de bonheur et de tendresse, Gray fait passer ses trois comédiens par tous les stades et dévoile au fil des minutes une affection bouleversante pour son histoire. S'il est aussi très cruel avec son héros, il est nécessaire de voir ici une vision objective de l'amour, une oeuvre qui s'attache à cerner nos actions, à comprendre l'essence de nos ardeurs et nos passions qui nous poussent parfois à agir de manière égoïste et irréfléchie. Mais qui sait ? Parfois, à être aimé, on risque bien d'aimer à notre tour, c’est ce que nous dit James Gray. Mais qu’en est-il de ces autres films où l’amour se conjugue à trois... Petit tour d’horizon de ce que le cinéma nous a offert de plus trio-mphant.

SERENADE A TROIS D'ERNST LUBITSCHLa screwball-comedy est quasiment un genre en soi... Ou plutôt un sous-genre. Pour faire bref, il s'agit de films américains produits entre 1935 et 1950 répondants à plusieurs critères. Rien n'est établi comme tel sur le papier mais il est évident qu‘un certain nombre de films de cette période s'unissent selon certains points communs. Si l'intrigue romantique est inévitable dans la screwball, il s'agit d'une histoire mouvementée mettant souvent en scène des badineries sur le remariage et le divorce liées à l'évolution des mœurs de l'époque. Etonnamment, nous trouvions quasi-systématiquement une confrontation entre un riche oisif et une personne de classe inférieure ayant une occupation rémunérée puis les années 1940 imposaient également un certain snobisme inversé où les gens ordinaires étaient considérés comme plus fins et intelligents que les nantis. Pour finir, la screwball imposait aux comédiens un sens aigu de la répartie et du bon mot et inscrivait ses récits au sein d'un ensemble somme toute assez ridicule ou proche de la farce... Dans le film de Lubitsch, le triangle amoureux confirme cette véritable évolution des pensées et de la nature des relations de couple dans le cinéma américain. Gilda, interprétée par Miriam Hopkins, est une femme libre qui passe d’un homme à un autre au sein d’une relation platonique dont personne n’est dupe. Elle demande à chacun « d’oublier que nous sommes de sexe différent » et les histoires amoureuses et amicales qui se lient entre les personnages joués par Gary Cooper et Fredric March se posent alors au centre d’une comédie immorale mais subtile. Grâce à la délicatesse de Lubitsch, les non-dits deviennent évidents mais intelligents et ce qui pourrait paraître comme inconvenant devient fluide et particulièrement drôle. Un ménage à trois en 1933, une mini-révolution au cinéma… Mine de rien. Plusieurs autres comédies comme Philadelphia story ont alors suivi l’exemple et ont peu à peu ouvert Hollywood au petit monde du vice.