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One, Two... Three Lovers [page 3]

Par Kevin Dutot - publié le 19 novembre 2008 à 09h03 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 19h42 - 0 commentaire(s)
Pourquoi pas ! de Coline Serreau
Premier long-métrage de fiction de la réalisatrice Coline Serreau, Pourquoi pas ! sort en 1977 et fait l’objet d’un excellent bouche à oreille venant offrir au film un beau succès… Ce n’était pourtant pas gagné. Le film traite en effet d’un trio assez particulier puisqu’il s’agit de deux hommes et une femme bisexuels vivants sous le même toit et partageants leurs quotidiens. Sans jamais tomber dans les poncifs intellos et l’étude de mœurs, Serreau met en scène une œuvre ultra-sensible et libertine qui se limite néanmoins à tracer un portrait presque idyllique de l’amour à trois. Mais la force du film, malgré ses défauts, et de faire fi de toutes les considérations de l’époque et mener cette histoire d’homosexuels au rang d’histoire d’amour dans toute sa simplicité. Evitant les étiquettes, le jugement superflu et les raccourcis faciles, rarement la cinéaste n’aura fait preuve d’autant de liberté tout au long de sa carrière. Cette vision de liberté totale, manquant parfois d’objectivité, mais d’une innocence authentique reflète les ambitions d’une jeune cinéaste bien décidée à faire éclater les carcans sexuels et moraux… Sami Frey, Mario Gonzales et Christine Murillo forment ce triangle amoureux peu commun et constituent certainement les prémices de personnages que nous avons pu rencontrer plus tard dans un film de Cyril Collard, Les Nuits Fauves.



Shortbus de John Cameron Mitchell
Shortbus est certainement l'un des grands chefs d'œuvres méconnus de ce début de millénaire... D'une puissance visuelle et émotionnelle incroyable, cet hymne à la jouissance, au bonheur et tout simplement à la vie est une œuvre (bi)sexuelle qui s'apprécie en long, en large et en travers. Généreux dans son approche de l'humain, touchant dans sa manière de narrer les vices les plus enfouis avec la plus simple candeur, John Cameron Mitchell touche au plus profond de nos êtres, dans cette cavité inconnue où nos désirs se mêlent à nos envies, notre intellect et les perpétuelles questions que nous nous posons. Shortbus est avant tout un film éminemment amoureux de la nature humaine et de ce que nous pouvons offrir simplement : le plaisir physique. Reléguant au placard les tabous, les barrières et les limites que la société tente d'imposer à nos esprits troublés, le film de Mitchell se permet de lever le voile sur les sexualités débridées, sur l'orgasme dans ce qu'il a de salvateur et sur l'acte d'amour au sens propre du terme. Ainsi, lorsque le couple homosexuel décide d’ouvrir leur union à un troisième homme et établissent une forme de casting au sein du club Shortbus, le triangle amoureux se fait autour de la volonté des deux hommes d’offrir à leur amour une nouvelle santé mais surtout d’éviter une inexorable rupture. La scène de triolisme, drôle, tendre et culte, est ici une tentative d’exploration sexuelle d’un amour profond visant à sauver une union. Car peu importe avec qui, comment et dans quelles circonstances, faire l'amour avec des partenaires consentants peut tout simplement vous ouvrir les yeux sur vous-même et illuminer votre vie. Shortbus tente, d'une certaine manière, de nous faire comprendre que la sexualité doit être vécue pleinement et dans le respect de l'autre... Bref, c'est l'hymne à l'amour. Et à l'image de cette dernière séquence orgasmique et électrique où les lumières de la ville se rallument pour célébrer comme il se doit l'extase d'une femme atteignant le plaisir ultime, le film nous offre en continu une multitude de scènes belles, sexuelles et prônant l'ouverture d'esprit.



Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen
Deux jeunes Américaines débarquent à Barcelone le temps d'un été. Mais autant la blonde Cristina (Scarlett Johansson, dont c'est le troisième film avec Woody Allen) semble ouverte à toutes les aventures sentimentales, autant la brune Vicky (Rebecca Hall, une révélation) prône la fidélité à un seul homme, en l'occurrence celui qu'elle s'apprête à épouser et qui est resté à New York. Leur rencontre avec un peintre espagnol particulièrement entreprenant (Javier Bardem, merveilleux en coq certain de son irrésistibilité) et sa volcanique ex-épouse (Penélope Cruz, en harpie d'anthologie) va pourtant jeter le trouble et la confusion dans leur tête comme dans leur coeur. Après trois films en Angleterre (Match Point, Scoop et Le rêve de Cassandre), Woody Allen poursuit son périple européen par l'Espagne, mais revient à l'un de ses thèmes de prédilection : le tourment amoureux. Sous la comédie sentimentale se cache toutefois une réflexion cruelle sur le hasard et le bonheur. Les protagonistes de Vicky Cristina Barcelona sont d'éternels insatisfaits qui ne parviennent pas à mettre leurs actes en concordance avec leurs souhaits. Car, au bout de cette quête, il n'y a que désillusions et frustrations. Cristina a beau se frotter à des interdits moins tabous en Europe qu'aux États-Unis, dont une ébauche de triolisme plutôt inoffensive, cette expérience ne fait que la plonger dans la plus grande perplexité quant à son éventuelle bisexualité. Quant à Vicky, ses résolutions teintées de puritanisme ne sont que de peu de poids face à un coup de foudre auquel elle croit possible de résister en lui opposant le seul lien du mariage.

Kevin Dutot (avec la collaboration de Jean-Philippe Guerand)
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