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Osamu Tezuka : parcours d'un génie - débuts et révolution

Par PitouWH - publié le 08 décembre 2009 à 18h51
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Beaucoup de ses oeuvres n'étant arrivées chez nous que très récemment, Osamu Tezuka n'est connu d'une grande part du public occidental que pour ses séries les plus célèbres, celles ayant réussi à franchir la barrière de la culture dans une époque où manga et animation japonaise étaient vus d'un mauvais oeil. Pourtant, loin de se cantonner à ces quelques licences-phares, son travail comporte en réalité quantité de titres qui lui offrirent l'opportunité d'exprimer son humanisme passionné et, plus important encore, de faire considérablement progresser les médias où s'épanchait son art. Touche-à-tout magicien, Tezuka est donc sans conteste l'une des figures artistiques les plus importantes du 20ème siècle et alors que son oeuvre continue de faire des petits -vingt ans après sa mort- avec la sortie en salles d'un nouveau Astro Boy, l'occasion était trop belle de revenir un peu sur le parcours d'un génie, un vrai.
 

Photo Osamu Tezuka_01


 
DEBUTS (PLUS QUE) PROMETTEURS
 
Né en 1928, Osamu Tezuka fait ainsi preuve très tôt d'une attirance toute particulière pour l'expression artistique, son imagination nourrie entre autres par les films qu'il regardait avec le projecteur personnel de son père. Un véritable luxe pour l'époque et une chance incroyable, car cela lui permet de découvrir les comédies du slapstick mais aussi -et surtout- les premiers cartoons de Walt Disney. L'une des influences majeures de sa carrière. Ceci dit, alors que l'adolescent aiguise ses crayons et son trait sur les bancs de l'école, un autre événement vient forger sa fibre d'artiste : la Seconde Guerre Mondiale et ses atrocités. Au sortir de cette tragédie, Tezuka est alors décidé à montrer à ses compatriotes qu'une autre voie est possible, convaincu qu'il peut leur redonner foi dans l'humanité et l'avenir grâce à ses dessins. Et tandis qu'il poursuit ses études de médecine, il publie donc son premier manga dès 1946, Diary of Ma-chan, soit le quotidien d'un petit garçon dans le Japon d'après-guerre qui n'est ni plus ni moins qu'une main tendue vers les américains, alors en occupation dans l'archipel. Pourtant, s'il se contente encore de respecter la norme de l'époque en réalisant des strips de quatre cases, Tezuka ne tarderait pas à révolutionner cette forme d'expression et à gagner ses premiers galons de "dieu du manga".
 

Photo Osamu Tezuka_02

 
Car dès l'année suivante paraît Shin Takarajima (La Nouvelle Ile au Trésor), pour lequel le mangaka puise ouvertement dans l'intrigue du célèbre roman de Robert Louis Stevenson. Le choix n'est cependant pas anodin car, en adaptant un roman, Tezuka commence à raconter une histoire dont chaque chapitre appellera au suivant, dans un principe de "serial" jusqu'alors totalement ignoré par le monde de la bande-dessinée japonaise. Une première révolution fondamentale à laquelle est loin de s'arrêter l'artiste, car il poursuit son raisonnement admirablement et bouleverse la forme même du manga pour lui donner une plus grande ampleur narrative. A la recherche de dynamisme, de mouvement, il dessine donc Shin Takarajima sur le principe d'un story-board et commence à développer les nouveaux outils qui s'offrent à lui, du découpage des cases au placement des bulles de dialogue. Encore un peu balbutiant, le manga moderne n'en venait pas moins de naître.
 
REVOLUTION TELEVISUELLE
 
La suite, nous la connaissons : Tezuka poursuit dans cette voie et, durant les années 50, il livre quelques-uns de ses mangas les plus importants, assurant par le fait son statut de "dieu du manga". Se chevauchent ainsi au cours de cette époque les publications du Roi Léo, Astroboy, Princesse Saphir (considéré comme le premier shojo) ou encore Phénix, une de ses oeuvres les plus ambitieuses et trouvant le plus fort écho avec sa philosophie. Véritable boulimique de travail déjà copieusement nourri, le mangaka cherche pourtant de nouveaux territoires grâce auxquels s'exprimer et fonde alors en 1962 le studio d'animation Mushi Production pour concurrencer la Toei. S'entourant des futurs incontournables du milieu comme Rintarô (X, Metropolis), il a l'objectif clair de créer la première série animée japonaise telle que nous les connaissons aujourd'hui et, pour ce faire, il érige au rang d'art la technique de "Limited Animation" venue des USA. Afin de réduire coût et temps de production. C'est ainsi que Astroboy apparaît sur les postes de télévision japonais en 1963, renvoyant tous ses détracteurs à leur scepticisme, et marque le début de l'industrie de l'animation japonaise.
 
Affiche Cleopatra de Osamu Tezuka

 
Au fil des ans, Tezuka va alors acquérir son surnom de "Walt Disney japonais" en continuant à produire et réaliser des séries tirées de ses mangas. Soit Le Roi Léo en 1965, le premier anime en couleurs, ou Princesse Saphir et son héroïne androgyne en 1967. En parallèle des ces incunables, des ateliers de Mushi Productions sortent également des séries moins connues mais qui n'en cultivent pas moins le besoin de nouveauté (Maguma Taishi, la première série tokusatsu en couleurs) et d'expérimentation (Vampires, mélange d'animation et d'images live dans lequel apparaît Tezuka en personne et dans son propre rôle), confirmant le caractère pionnier de cette entreprise. Ce qui n'empêchera pourtant pas le studio Mushi de mettre la clé sous la porte en 1973, harassé par les dettes, non sans que Tezuka ait toutefois eu le temps d'amorcer un virage significatif dans sa carrière. Car il sort en 1970 Cleopatra, récit inspiré par la reine d'Égypte que certains considèrent parfois comme... le premier long-métrage d'animation classé X, au point d'ailleurs qu'il est distribué aux Etats-Unis sous le titre Cleopatra : Queen of sex ! En réalité seules se voient quelques poitrines dénudées mais cela ne change rien à l'affaire : l'oeuvre de Tezuka est entrée dans une nouvelle phase de maturité, où il n'hésitera pas à sonder davantage des thématiques sombres et adultes. Sachant que perce cette observation même dans ses productions à destination du jeune public, comme par exemple avec l'anime Marvelous Melmo qu'il envisageait la même année comme une sorte d'introduction à l'éducation sexuelle.
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