Par David A. - publié le 18 juin 2008 à 14h05 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h37 - 0 commentaire(s)
Oshima, l’insurgé du cinéma japonais

Difficile de faire un portrait juste et exhaustif de l’un des cinéastes japonais les plus connus lorsque sa filmographie, prolixe et diversifiée, manque cruellement de visibilité. Aux quelques films de longs-métrages disponibles aujourd’hui en DVD ou diffusés lors de trop rares projections en salles, on en oublie souvent le grand nombre de documentaires que Nagisa Oshima a tourné tout au long de sa carrière. Hormis un livre parut en France sur une sélection précise des articles qu’il publia en tant que critique de cinéma (Ecrits 1956-1978 dissolution et jaillissements parut chez Gallimard/ Cahiers du cinéma), la majeure partie de ses écrits nous reste encore inconnus tout comme ses multiples interventions télévisées en tant que présentateur et polémiste. Difficile donc de cerner un cinéaste, un auteur, un écrivain lorsqu’une telle proportion de son œuvre reste encore à découvrir chez nous soulignant le paradoxe incompréhensible de la notoriété de l’homme vis-à-vis de l’ignorance largement partagée par le public de son travail.



Oshima précurseur et agitateur

En 1954 Oshima quitte l’université avec un diplôme de droit et tente le concours de la compagnie Shochiku alors très curieuse de nouveaux talents à exploiter. Sans trop y croire et sans rien connaître du cinéma, il est pourtant engager comme assistant réalisateur aux studios de la firme à Ofuna. La hiérarchie et la voie naturelle des professions cinématographiques imposent alors à tout nouveau venu un long noviciat et un parcours où l’on grimpe les barreaux d’une échelle un à un, petit à petit. Pourtant l’époque impose un changement de rythme, dans les années cinquante toute une génération d’anciens du métier sont sur la fin de leur carrière et, dès le début des années cinquante, les postes de télévision mènent une lutte acharnée contre les salles d’exploitation. Après près de cinq années d’assistanat (là où il avait fallut auparavant près d’une décennie), Nagisa Oshima se voit confier en 1959 la réalisation d’un spot publicitaire vantant la nouvelle génération d’acteurs et d’actrices de la firme au diamant. Ainsi dans Le soleil de demain, l’on voit se succéder les portraits des futures vedettes du grand écran, se présentant face à l’écran où exhibant leurs talents de comédiens dans de courtes saynètes reprenant les genres cinématographiques maison tels que la comédie musicale, la romance ou bien encore le film de gangsters.



Afin de conquérir un nouveau public de jeune gens, la Shochiku pense confier à des nouveaux réalisateurs débutants une série de films visant à explorer les problématiques de la jeunesse déjà exprimées dans des films tels que La saison du soleil (Takumi Furukawa, 1956) ou encore Passions juvéniles (Ko Nakahira, 1956) que la compagnie rivale Nikkatsu a lancé depuis le milieu des années cinquante. Le mouvement, connu sous le nom de Taiyozoku (génération du soleil), aspire la Shochiku dans le tourbillon des films à tendance. En un peu plus d’un an, Nagisa Oshima réalisera pas moins de trois longs-métrages ; Une ville d’amour et d’espoir, Les contes cruels de la jeunesse et L’enterrement du soleil. Dès le premier film, Oshima tourne avec Fumio Watanabe, qui incarne le grand frère, et deviendra l’acteur fétiche du réalisateur jusqu’à La cérémonie en 1971. Le film est très mal perçu par les dirigeants du studio qui jugent le film très éloigné des préoccupations familiales habituelles des productions maison. Oshima est dès lors qualifié de tendancieux au sein de la firme, pourtant son scénario suivant, celui des contes cruels, est approuvé mais à la sortie du film, c’est une nouvelle polémique. Oshima y aborde de front le problème de la jeunesse née après la guerre, en manque de repère stable et surtout laissée pour compte dans le développement économique du japon. Cependant le film connaît un succès publique qui fera oublier les griefs à l’encontre du jeune réalisateur qui s’attaque dès lors à son troisième film, encore plus cinglant dans sa critique de la société japonaise contemporaine, L’enterrement du soleil.


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