Avec
Le révolté,
Tabou est le second jidai-geki de Nagisa Oshima. Au cœur d’une milice de Kyoto en 1865, deux nouvelles recrues entames leur entraînement. L’une d’elles est un jeune samouraï aux traits efféminés dont la beauté envoûte les autres guerriers au point de déstabiliser le groupe. Entre rumeurs, jalousies et secrets, les légendaires dévotion et discipline samouraï se fissurent de l’intérieur par un ennemi plus terrible encore que la maîtrise du sabre, celui de l’expression ardente des sentiments et du désir amoureux. Dans son ultime film le cinéaste poursuit sa quête de l’expression du désir et de l’aliénation des corps, aliénation tout autant exprimée par la discipline que par le fantasme. Curieusement Oshima revient ici sur sa terre natale et sur l’histoire officielle du japon, un sujet qu’il n’avait plus abordé depuis
La cérémonie en 1971. Le cinéaste combine donc ici une thématique sexuelle qui l’a conduit irrémédiablement loin du Japon avec la prise en compte d’un passé historique japonais dont il aspire à mettre en cause les fondements. Film d’une beauté plastique rappelant les films de sabre de studio de la grande époque, Oshima appelle pour se faire autant les comédiens affirmés, Takeshi Kitano en tête, que la nouvelle génération, Tadanobu Asano, Shinji Takeda et Ryuhei Matsuda.

De nouveau paralysé depuis quelques années, Nagisa Oshima ne peut malheureusement poursuivre sa carrière de cinéaste. Quelque peu délaissé par la critique et par l’édition vidéo en France, seuls quelques films ont pu trouver leur chemin vers les cinéphiles d’aujourd’hui, curieux de découvrir le plus largement possible une filmographie à bien des égards encore trop discrète et opaque. Si la notion de Nouvelle Vague japonaise n’a pas encore été suffisamment étudiée dans ses tenants et ses aboutissants, il n’y a pas de doute quant à l’importance de Nagisa Oshima dans le développement du cinéma moderne, non pas seulement japonais mais bel et bien dans son acceptation générale. Nagisa Oshima, éternelle figure du cinéaste en rupture de ban, n’a jamais cessé de remettre en cause non seulement les dogmes de l’industrie cinématographique mais aussi ses propres penchants personnels qu'il prenait soin de ne pas répéter de films en films quitte à empêcher toute manifestation d’un style reconnaissable. Insurgé du système, il a vogué dans les eaux internationales du cinéma mondial à la recherche de sa vérité, de son propre cinéma.