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Park Chan-wook : Autopsie Du Cyborg [page 3]

Par - publié le 02 avril 2007 à 09h00 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h32 - 0 commentaire(s)
Progressivement, cette histoire d’amour romantique où Eros et Thanatos font leur propre film parano dans leurs têtes malades et dans laquelle s’exprime un vrai désir de faire du cinéma se met à nu. Tous les tics visuels deviennent des apparats et s’effacent pour laisser émerger les stigmates d’une maladie pas drôle et plonger profond dans les arcanes d’un passé mouvementé. Afin d’assurer l’intensité d’une relation basée sur la compassion et l’amour de l’autre (il s’agit de deux fous qui s’aident mutuellement), Park Chan-Wook choisit d’étayer une multitude de personnages secondaires tous claquemurés dans le même asile psychiatrique, auxquels on s’attache selon notre sensibilité, qu’il s’agisse de l’obèse accro à l’électrostatique qui bouffe les plats de miss Cyborg, du jeune homme qui se croit attaché à un élastique ou de la demoiselle j-pop rococo qui s’imagine dans des clips tyroliens tournés en Suisse. D’après PCW, la Suisse est la représentation du paradis terrestre pour les coréens et ces chants sont terriblement exotiques pour leurs esgourdes.



On pourrait presque reprocher à Park d’en faire trop dans la surenchère et arguer que toutes les intrigues annexes servent de cache-sexe bourratif. Or, elles contribuent toutes (on dit bien toutes) à l’atmosphère barrée, à la magie dépaysante, à la folie communicative de ce film qui se fourvoie avec acharnement hors des sentiers balisés. Si l’on n’est guère sensible aux dérapages kitsch et aux soubresauts fictionnels, on risque d’être gravement décontenancé par ce curieux foisonnement de détails incongrus. Dans le cas contraire, ce film kawaii (« mignon » en japonais, mais qui s’accorde aussi au pays du matin calme), unique et terriblement inventif, hanté par la Jeunet’s touch dans le côté bricolo rigolo, impressionnera le regard et remuera sacrément les méninges. Pas moins. Ceux qui ont peur d’être trop dérouté par cette fable gargantuesque se rabattront sur la prochaine fiction de Park Chan-Wook: Evil Live, qui s’articulera autour des vampires. Pour l’heure, il est malheureusement trop tôt pour en parler car, entre les festivals et les manifestations, le réalisateur n’a pas eu le temps de travailler le scénario de manière concrète. Tout juste sait-on que l’acteur Ha-Kyun Shin interprétera le rôle principal. En même temps, vu la prolificité du réalisateur, il n’y a pas de quoi s’inquiéter.

Propos recueillis par Romain Le Vern (à Deauville)
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