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Park Chan-wook Dans Tous Ses Etats [page 1]

Par - publié le 11 décembre 2007 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h54 - 0 commentaire(s)
Expérimentateur adulé et détesté avec la même outrance qu’il compose ses films gargantuesques, Park Chan-Wook a compris que Lady Vengeance devait être la fin des intrigues Shakespeariennes romantiques où des personnages de rien se bastonnent avec un marteau (Old Boy) ou se prennent les pieds dans la loi du Talion (Sympathy for Mister Vengeance). Un de plus, et il courrait le grand risque de se faire traiter de tous les noms d’oiseaux par ceux qui l’avaient soutenu depuis ses débuts. Pas question pour autant de doser les émotions et se ranger lâchement dans le divertissement mâché. Résultat? Je suis un cyborg, un nouveau machin inclassable, totalement kitsch, bouillonnant de sérénité pastelle et rayonnant comme un chant d’oiseau à l’aube. Du presque jamais vu qui en met plein la vue pour peu qu’on ne soit pas familier avec l’univers foutraque du réalisateur. L'histoire est simple: une jeune fille est persuadée d’être un cyborg et court un sérieux danger en ne mangeant rien. Un jeune homme devenu fou par la haine ordinaire que sa beauté a pu provoquer va tomber fou amoureux d’elle et tenter de la ramener vers le réel. Y arrivera-t-il ou pas? Pas de retournements de situation; juste une déclaration d’amour à la vie, à la folie, à la mort presque ingénue: Park est devenu papa et s’est visiblement calmé. Sa folie résiderait-elle ailleurs? Peut-être. En attendant, il est en train de construire une filmographie exceptionnelle au parcours sans faute. Comment fait-il? Une petite autopsie de ses films cyborgs pourrait répondre à la question.


DEBUTS MELODRAMATIQUES
Aujourd'hui, Park Chan-Wook est devenu une valeur sûre. Ce n'était pas le cas à ses débuts, prometteurs mais douloureux. Toqué de cinéma depuis son plus jeune âge (son premier grand choc fut Vertigo, d’Alfred Hitchcock), il a commencé à s'y intéresser de plus près, en montant lors de ses études universitaires - il a obtenu un diplôme de philosophie -, le "club Movie Gang". Sa cinéphilie est visible dans chacun de ses longs métrages voire même dans des détails plus discrets comme la simple bande-son d’Oldboy dont chaque titre est intitulé en référence à un film (dont certains sont signés par Roman Polanski, son maître vénéré, qui lui a souhaité good luck au festival de Cannes quelques heures avant le palmarès). A la fin des années 80, il effectue les taches les plus diverses: stage dans une société importatrice de films étrangers, traduction, transport de matériel promotionnel dans les cinémas et les théâtres. L’effort fut payant. En 1992, il réalise avec trois bouts de ficelles et des idées folles The Moon is the sun’s dream, son premier long métrage que Park Chan-Wook définit comme un "drame urbain". La fureur qu’il contient – et qui est celle du cinéaste (il a toujours aimé traiter de la violence comme exécutoire à sa propre rage du monde) – plaide pour une énergie presque épuisante.


Sommairement, le film relate l’histoire assez triste d’un photographe – qui assure la voix-off et narre la tragédie de son point de vue – dont le demi-frère gangster vole l’argent de son patron avant de s’enfuir avec la petite amie de ce dernier. On n'en est pas encore au Park Chan-Wook bourrin qui balance des coups de marteaux dans la tronche mais quelque part entre la puissance émotionnelle de Joint Security Area et les hasardements ambitieux façon puzzle bigleux de Sympathy for Mister Vengeance. C'est - surtout - un mélodrame qui adopte la bonne définition de Hawks pour décrire l’essence mélodramatique: rendre l’invraisemblable vraisemblable. Ce sera le mot d’ordre du cinéaste jusqu’à Lady Vengeance qui lui aussi fonctionne sur la durée, sur les détails assemblés formant la même élégie mortifère. Il faut avoir vu le dernier plan du film, bouleversant: une mise en abyme où un personnage devient le spectateur de sa propre vie ou plutôt de la vie qu’il n’a pas eu la chance de vivre. Il y a déjà malgré l'absence de moyens et une bande-son has been des élans de folie (chaque jour à une heure précise, une femme doit penser à l’homme qu’elle aime), des déclarations d’amour enflammées et des hommes qui se consument de désir. Bref, tous ces petits riens qui font le grand tout des écheveaux passionnels made in Etore Scola première période. Formellement, Park assure avec des mouvements de caméra virtuoses, le jeu des couleurs (dominante bleue et rouge presque kitsch) et quelques obsessions qui seront répétées par la suite (la photo est également révélatrice d’un coup de théâtre). On note juste une faiblesse des personnages secondaires féminins qui confinent aux archétypes miso (salope prétentieuse ou manipulatrice faussement vertueuse, fais ton choix). Qu'importent ces réserves inconséquentes: ce coup d’essai est un coup de maître. Dans l’indifférence critique, Park Chan-Wook, envers et contre tous, construisait déjà les prémisses de ses futurs grands films en piochant dans l’anecdotique pour bouleverser tout un chacun discrètement. Qui dit mieux? Personne. Puisque personne n’est allé voir ce film à sa sortie ou même ne l’a reconnu comme un film potentiellement intéressant. Ce fut un tel bide que Park a abandonné momentanément la réalisation pour devenir critique de cinéma. On lui doit notamment un essai baptisé Discreet charm of watching film, en référence bien entendu au film de Buñuel…


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