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Park Chan-wook Dans Tous Ses Etats [page 4]

Par - publié le 11 décembre 2007 à 05h04 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 11h54 - 0 commentaire(s)


Accessoirement, il peut se voir – et se digérer – comme une spirale temporelle redoutable où le passé, le présent et (ce qui pourrait être) le futur se chevauchent mentalement. En creux, on repère quelques obsessions (comme l'importance de la photo) suffisamment discrètes pour que cela ne perturbe pas la lisibilité. La cerise sur le gâteau consiste à repérer les acteurs – et surtout les seconds rôles – déjà vus dans Old Boy (et ils sont nombreux - Shin Ha-Gyun, Bae Du-na, Song Kang-Ho...) qui incarnent dans Lady Vengeance des personnages distincts et tout aussi ambigus. De fait, qu'il s'agisse de faire chanter des papas noël enjoués et absurdes sous la neige, de filmer une agonie à l'eau de javel, de confectionner un gâteau, de montrer un personnage qui change de tête sur une photo, des nuages qui forment des mots secrets dans le ciel ou un globe gigantesque sur lequel on recherche la Corée, Park Chan-Wook impose à chaque instant une virtuosité éblouissante.


Après cette remarquable trilogie sur la vengeance qui a impressionné, estomaqué et disputé les clans cinéphiles (dans l'ordre, Sympathy for Mister Vengeance, Oldboy et Lady Vengeance), Park Chan-Wook renouvelle donc, de manière radicale et impressionnante, sa grammaire cinématographique avec ce Je suis un cyborg (I’m a cyborg but that’s ok), projet pas fastoche qui assure la faculté du cinéaste à rebondir de film en film. Cela nous ramène à l’époque de Joint Security Area où personne ne pouvait prévoir qu’il réaliserait par la suite un Sympathy for Mister Vengeance diamétralement opposé. Autant prévenir: cette fable déroutante surabonde de détails, de digressions, de personnages, de circonvolutions, de figures, de chats, de gags, de masques de lapin, de bizarreries, de parties de ping-pong. Avec du souffle et du rêve à revendre. Au final, ce n'est que du bonheur. Ne pas croire qu'il va après un tel parcours se reposer sur ses lauriers. On l'attend d'ores et déjà sur plusieurs projets différents: 1) le producteur de Paris, je t'aime, Emmanuel Benbihy, a réuni une douzaine de réalisateurs dont Park Chan-Wook pour tourner une version américaine, New York, I Love You. 2) la production de La Transperceneige, de Joon-ho Bong. 3) Evil Live, un film de vampires très attendu. Du beau travail en perspective.

INTERVIEW PARK CHAN-WOOK
Après sa remarquable trilogie sur la vengeance, Park Chan-Wook renouvelle sa grammaire cinématographique avec Je suis un cyborg (I’m a cyborg but that’s ok) une histoire de fou romantique et originale. Du moins, en apparence.

Pourquoi un tel virage après la trilogie sur la vengeance?
En mettant un point final à cette trilogie sur la vengeance, j'ai voulu m’entourer d’un casting plus jeune et en sachant cela, Rain, qui connaissait mon travail, m’a contacté. Au départ, j'étais rétif car je ne connaissais pas ses capacités de comédien mais j'ai pensé que le choix de cet acteur serait judicieux pour ce qu’il incarne auprès d’une certaine jeunesse sud-coréenne. Pour moi, c’en est l’archétype. J'ai écrit le personnage spécialement pour lui. Je lui ai ensuite demandé des conseils pour l’actrice capable d’interpréter le personnage principal féminin mi-femme mi-cyborg. Rain m'a conseillé l’actrice Su-jeong Lim qu’il a d’ailleurs soutenu lors du casting des Deux Sœurs, de Kim Jee-woon. En débutant Je suis un cyborg, j'étais plus dans un état d’inquiétude que d’excitation, craignant les réactions hostiles comme celles qu’a reçues David Lynch au moment où il a choisi de réaliser Une histoire vraie. Je suis un Cyborg est un moyen de rompre avec les trajectoires trop tracées. On m’a toujours considéré comme un réalisateur capable de réaliser des fictions sombres et violentes. Ce nouveau film peut être vu comme l’opportunité de brouiller cette image. Mais en réalité la distinction est moins explicite: chacune de mes œuvres possède sa propre identité. J’expérimente à chaque fois comme s’il s’agissait d’un nouveau départ. Mais j’ai toujours du mal à revoir mes films. De manière générale, je déteste la répétition. Peut-être est-ce dû au fait que j’ai une vie monotone, alors j’ai besoin de faire ces expériences.

Lors du tournage, vous disiez vouloir donner une image extrêmement réaliste de la folie. En ce sens, comment avez-vous exploité le contexte de l'asile psychiatrique?
L’idée de construire une intrigue dans un contexte particulier a été bénéfique en terme de création artistique. Je me senti plus libre que sur mes autres films, j’avais par exemple une liberté totale dans le choix des décors et le décalage des couleurs étant donné que l’histoire en elle-même demandait à ce que l’on retranscrive de manière subjective des visions de pure folie. Je voulais que le style ne soit pas sobre ni même triste jusque dans les costumes des malades qui se différencient par leur taille et leur texture. Le look des deux protagonistes était important: on a crée une coiffure hirsute avec des mèches pour Rain, comme un clin d’œil au personnage féminin qui ne se sépare pas d’une antenne. Pour elle aussi, on a travaillé sa coiffure à elle aussi en prenant le parti pris de décolorer ses sourcils.

Certains ont vu dans le costume du lapin porté par Rain une allusion au personnage énigmatique de Donnie Darko. Est-ce un hasard?
J’ai visionné Donnie Darko lorsque je travaillais sur I’m a Cyborg. Cette vision n’a eu aucune incidence sur mon travail mais j’ai trouvé étonnant que le lapin soit assimilé comme un symbole de fin du monde ou d’annonce d’une apocalypse imminente.

Techniquement, quelle a été la scène la plus difficile à réaliser?
J’avais un budget limité et je savais pertinemment que je n’avais pas droit à une seconde chance. Je dirais qu’avec la scène du corridor dans Old Boy où le héros se bat contre plusieurs personnes dans un long plan-séquence, c’est ce que j’ai réalisé de plus méticuleux. Il n’existe pas un réalisateur qui ne soit pas limité au niveau du budget. Cette remarque est valable pour un cinéaste comme James Cameron qui a certainement lui aussi des contraintes. En choisissant de tourner avec une caméra HD, je voulais limiter le budget pour éviter une prise de risque commerciale. La situation du cinéma en Corée du Sud est telle que le gouvernement pense que les films sud-coréens sont capables de contrer l’industrie cinématographique Hollywoodienne. Quand on me parle d’une carrière à l’étranger, c'est extrêmement simple: si j'ai entre les mains un scénario de bonne qualité, je serais capable de partir sur Mars pour travailler.
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