Cela fait maintenant 20 ans que Paul Verhoeven a quitté la Hollande pour les Etats-Unis et 6 ans qu'on n'avait plus de nouvelles de lui sur le sol américain. Depuis
Hollow Man, en somme. Avec
Blackbook, film de la renaissance et étape fondamentale dans le parcours du cinéaste, il est désormais débarrassé des contingences US et des problèmes de censure, donne l'impression de renaître et se livre à fond dans la violence tordue et l'érotisme ambigu. Le film se déroule à la fin de l'occupation nazie en Hollande et narre le parcours d'une juive qui rejoint la Résistance après avoir vu sa famille massacrée sous ses yeux. Le film-somme possède une thématique proche des autres Verhoeven (vengeance, sacrifice, corruption, innocence, identité), erre dans les zones grises et brouille élégamment les frontières entre le bien et le mal en période trouble. Incidemment, il possède une connotation très actuelle et démontre que la guerre peut être un prétexte pour les gens qui prétendent agir au nom du bien afin de commettre des actes paradoxaux et devenir ainsi pires que les bourreaux.
Spectaculaire, bouleversant et terrassant: l'un des meilleurs films de l'année.
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Langue bien pendue, sourire complice aux lèvres, Paul Verhoeven porte plutôt bien ses 68 ans et n'a rien perdu de sa vitalité. La preuve, l'enfant prodigue célèbre son retour aux terres natales avec
Black Book, formidable film-fleuve cru et dur en apparence mais d’une sensibilité qui lui crève le cœur, confirmant au passage qu'après une tentative de domination par tonton Sam, il demeure teigneux et surtout violent. On ne l'aime que comme ça. Paul Verhoeven est un cinéaste qui n’a jamais eu peur de rien: il a mis en scène l’amour, la violence et la déraison comme personne. Chez lui, il faut savoir lire entre les lignes, aller au-delà des apparences pour comprendre les messages véhiculés. Jadis, des problèmes avec la censure et de subventions dans son propre pays l’ont en partie obligé à quitter sa Hollande natale (Jan De Bont, son chef opérateur, et Rutger Hauer, son acteur fétiche, suivront sa démarche). Aujourd'hui, c'est l'inverse: il revient des Etats-Unis, fourbu, excité, brillant. Quoiqu'il en soit, son combat aura été vaillant: aux States, il ne s’est pas laissé engouffrer par la machine Hollywoodienne et a su fuir toute machinerie calibrée. Dans sa carrière américaine (celle que nous connaissons mieux), Verhoeven a signé des œuvres brillantes, sulfureuses, intelligemment conçues où ses obsessions persos se noyaient dans des blockbusters robustes. Elle est passionnante parce que ses œuvres tendent à montrer une Amérique phagocytée, sclérosée, presque fascisante, pourrie par la corruption et le capitalisme:
"Pour être totalement franc, j'ai voulu quitter les Etats-Unis après Hollow Man pour me changer l'esprit car la situation devenait intenable. Quand on revoit le film aujourd'hui, on a plus l'impression de voir un film de studio que de voir un de mes films. Je ne sais pas si Black Book sortira aux Etats-Unis vu que les Américains ne supportent pas de voir des films avec des sous-titres. De toute façon, je me suis rendu compte, et Black Book l'a confirmé, que j'avais plus d'aisance à travailler en Europe où mon travail est mieux compris qu'aux Etats-Unis. J'ai quand même vu Starship Troopers se faire traiter de film de propagande. Que voulez-vous répondre à ça?". Du coup, on peut légitimement se demander si les différences entre les Etats-Unis et l'Europe ne sont pas conséquentes:
"Bien entendu, les conditions de tournage ne sont pas les mêmes : tout ce qu'Hollywood recherche, c'est l'argent et ils ne privilégient pas le talent. En Europe, c'est la situation inverse : on n'a pas d'argent mais beaucoup plus de talent. Sur ma carrière américaine, tout ce que je peux dire, c'est que les producteurs m'ont laissé faire ce que je voulais. En revanche, la censure s'est acharnée sur moi. Ce sont moins mes collaborateurs qu'il faut damner que les comités de censure. Je n'ai jamais eu de problème pour tourner les plans les plus audacieux dans Basic Instinct ou Starship Troopers. L'accueil critique et la censure ont, eux, été moins tendres avec moi." 
s’avère sous le divertissement futile une allégorie vénéneuse d’une Amérique belliciste, ou même le tant décrié
qui se présente comme une parabole cynique sur l’arrivisme et surtout un film d’un mauvais goût qui démolit en deux temps trois mouvements les désillusions du rêve américain (Las Vegas est décrit avec un racolage inouï pour mieux retranscrire son pourrissement intérieur). De la même façon,
est un homme qui se sert de son invention (devenir invisible) pour faire tout ce que le gentil héros vertueux ne ferait pas: aller enquiquiner les filles sous la douche. Verhoeven, quelqu’un qui torture le système de l’intérieur? Oui... Mais plus maintenant: