Par Nicolas Houguet - publié le 10 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 10 octobre 2009 à 17h39 - 0 commentaire(s)
Pedro Almodovar, depuis de nombreuses années, a le privilège d'incarner une large part du cinéma espagnol. Il influence même la manière dont on aborde son pays, comme en témoignait le récent Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen. Il retrouve l'une de ses égéries majeures Pénélope Cruz, dans Etreintes brisées (sortie le 20 mai). Auréolé de ses récompenses, l'audacieux cinéaste a su imposer son esthétique, dans l'Espagne libérée de la main de fer de Franco, avec une première époque souvent provocatrice. Puis vint le temps de la maturité, avec des oeuvres qui témoignent de son amour du cinéma (comme Talons aiguilles et Tout sur ma mère), à la gloire des femmes et de l'amour (Parle avec elle), révélant la beauté et le naturel de ses actrices (dans Volver et le lien très fort qui unit ses héroïnes).



Le souffle de la Movida

Né en septembre 1949, le jeune Pedro suit une éducation religieuse à l'excès dont il prendra le contrepied dans son oeuvre (ce contexte lui servira de base à La Mauvaise Education). Dans l'Espagne écrasée par la dictature franquiste, l'enfant trouve bientôt refuge dans un cinéma de quartier qu'il fréquente assidûment. On retrouve d'ailleurs dans la plupart de ses films des clins d'oeil aux classiques (par exemple dans Tout sur ma mère où l'on aperçoit Eve).

Dès lors, le septième art devient son refuge et sa vocation. Pas encore sorti de l'adolescence, il veut faire des études dans ce sens, mais Franco a fermé l'école de cinéma de Madrid. Il travaille pendant douze ans dans l'administration et évolue en même temps que sa ville d'adoption. Il commence par écrire des BD, tourner des courts-métrages en super 8 qui lui permettent d'apprivoiser son médium de prédilection. Il développe peu à peu son univers se nourrissant de d'inspirations hétéroclites (parfois pornographiques). On le voit au sein d'un groupe de rock ou d'une compagnie théâtrale. Il y rencontre sa première grande égérie, Carmen Maura.



Cette insatiable effervescence, cette créativité perpétuelle finissent par donner un premier film, Pepi, Luci et autres filles du quartier. On est en 1980. Almodovar sera l'une des figures majeures de l'euphorie post-franquiste et de la libération artistique qui l'accompagne, la « movida ». C'est précisément ce contexte qui fournira la toile de fond de son second film, Labyrinthe des passions en 1982. Déjà réputé, parfaitement en phase avec cette époque qui redécouvrait la liberté, Almodovar connaît le succès par sa manière de braver les anciens interdits par son cinéma (où les références sexuelles sont toujours présentes, où l'on évoque ouvertement les homosexuels, les travestis, la drogue et les marginaux). C'est d'abord grâce à ses personnages, anticonformistes et libres que le cinéaste se distingue.


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