Par Nicolas Houguet - publié le 10 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 10 octobre 2009 à 17h40 - 0 commentaire(s)
Puis c'est de nouveau un changement de ton avec La Mauvaise éducation en 2004. Almodovar y raconte une histoire que l'on sent très inspirée de sa jeunesse et de son enfance. Dans les années 60, deux enfants dans une école religieuse très stricte découvrent ensemble le cinéma. On les retrouve plus tard, dans les années 70, à l'aube de la Movida, encore extrêmement marqués et traumatisés par leurs jeunes années. La structure de cette histoire est complexe et maîtrisée, Almodovar l'a portée en lui pendant une dizaine d'années. Sans être autobiographique, il livre un Film Noir sublime (avec Gael Garcia Bernal dans le rôle du tentateur vengeur et tourmenté). L'oeuvre est frontale, crue, violente. Sa palette vive devient ici le révélateur de la cruauté, d'une homosexualité présentée de manière dérangeante et malsaine, presque comme une condition tragique.



Enfin Volver raconte de nouveau l'histoire d'une mère, magnifique Penelope Cruz. Partageant la vie d'un époux alcoolique, chômeur et violent, Cruz cache le fait que sa fille ait assassiné celui ci. Elle se réfugie auprès de ses soeurs et refait sa vie. L'actrice est lumineuse de féminité, magnifiée par l'adversité, exprimant le courage qu'il faut aux femmes pour affronter leur destin. Le film est tout entier un hommage à leur force, à leur solidarité. Riche de la sensibilité qu'il a acquise avec la maturité, le réalisateur retrouve également la légèreté des premiers temps de son cinéma, ses couleurs éclatantes, comme une brillante synthèse formelle où il fait se côtoyer trois générations d'actrices. L'humour est moins insolent mais plus profond, nuancé et parfois noir. Les comédiennes explorent des personnages aux richesses psychologiques quasi bergmaniennes.

Almodovar retrouve la belle Penelope pour Etreintes brisées, où un écrivain marqué par un accident de voiture ne vit plus que par son oeuvre et sous son pseudonyme. Encore un amour tragique, où l'actrice devient l'image d'un passé brisé. De nouveau jouant sur différents niveaux de narration (entre la fiction et la réalité), Pedro Almodovar se sert de son art pour sublimer les douleurs, célébrant la beauté mélancolique d'un amour impossible.



Le réalisateur continue à chaque film d'enrichir et d'évoquer son amour du cinéma grâce à des comédiennes qu'il sait filmer comme personne. Il a poussé son esthétique d'abord dans l'outrance et la provocation pour se consacrer peu à peu à l'intimité de ses personnages, les portraiturant avec une sensibilité unique.
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