Philip Seymour Hoffman a marqué les années 90 par les seconds rôles brillants qu'il a interprétés, proposant toujours un point de vue d'une grande richesse sur des personnages à qui il donnait une épaisseur rare. Il a souvent flirté avec des êtres en marge de la société, un peu étranges, fantasques ou intrigants. Le prêtre controversé qu'il incarne dans
Doute ne fait pas exception.
Marginaux fantasquesCar l'acteur, aussi appliqué et méthodique qu'il soit, s'est également montré sous un jour plus extraverti. On aurait d'ailleurs tendance à l'associer à ses personnages plus secrets ou réservés de Happiness ou
Magnolia. Pourtant, il peut être tout aussi émouvant en drag-queen donnant des cours de chant à un vieux flic réac et hémiplégique (
Robert De Niro), dans
Personne n'est parfait(e) de
Joel Schumacher en 2000. Si l'on n'y échappe pas aux bons sentiments (apprendre à s'ouvrir aux autres et respecter leurs différences), les acteurs donnent du relief à ces personnages qui auraient pu être caricaturaux. D'ailleurs, Hoffman commence dans l'outrance tout comme De Niro. Ils suivent une progression assez voisine et dévoilent leur sensibilité et leur humanité derrière les masques simplistes qu'ils érigeaient comme des défenses. Et c'est là que le film est touchant et évite une vulgarité qui menaçait. Hoffman suggère avec finesse la fêlure et la mélancolie de cet homme, le rend émouvant au delà des clichés et d'un scénario un peu facile.
En 2001, dans la peau de Lester Bangs, grand journaliste rock du très autobiographique
Presque Célèbre de
Cameron Crowe, il change de nouveau totalement de registre. Il confirme qu'il peut absolument tout jouer, en caméléon de génie. Ainsi il est un amateur de Rock absolu, aux jugements tranchés et péremptoires. Il incarne l'intégrité, l'aficionado qui se souvient du temps où les rock stars n'avaient pas vendu leur âme. Il demeure pour son jeune protégé la voix de la sagesse dans un milieu corrompu. Il est exubérant, bavard, fier de ne pas être cool, entièrement voué à sa passion qu'il défend farouchement. Hoffman adopte avec bonheur l'attitude de ce personnage arrogant et un brin dérisoire (lorsqu'il prétend ne pas pouvoir discuter toute la journée avec ses fans... et qu'il le fait). Encore une fois, l'acteur fait preuve d'une belle fantaisie. Pourtant, à côté de sa dimension pittoresque, il dépeint avec exactitude la morale de ce critique. Il est surtout celui qui encourage la vocation du personnage principal. Sans être le héros du film, il en a saisi l'âme.