En ce jour de sortie des films en salles, nous accueillons Monsieur
Pierre Tchernia, notre Monsieur Cinéma intemporel, à l'occasion de la présence dans les bacs d'un coffret réunissant trois de ses films. Il suivra avec nous l'actualité cinéma des jours à venir, en tant que co-rédacteur en chef...
Devenu un personnage célèbre de l’univers du cinéma via le petit écran,
Pierre Tchernia s’impose aujourd’hui comme l’un des personnages phares de l’histoire de la télévision, de la radio et du cinéma. Présentateur, animateur, régisseur, acteur, réalisateur, il a su jongler avec la vie, saisir les opportunités et se rapprocher ainsi de sa passion première pour le Septième Art. Grand Monsieur d’une générosité rare, intarissable dès qu’il s’agit de parler du cinéma,
Pierre Tchernia nous a fait l’honneur de nous recevoir, de partager avec nous ses souvenirs, ses premiers pas en tant que jeune journaliste ou de réalisateur avec
Le Viager, La gueule de l’autre et
Les Gaspards qui sortent en DVD, d’évoquer avec nous ceux qui ont croisé son chemin, de
Robert Dhéry à
Michel Serrault, de René Goscinny. Nous avons passé plusieurs heures à l’écouter, médusé, captivé et il a fallu ensuite couper, faire des choix, tant
Pierre Tchernia au fil des anecdotes, au fil de ses souvenirs, nous livre en vrac des bribes uniques, cocasses ou émouvantes de sa vie, de celles de la télévision ou du cinéma. Difficile de retranscrire ses histoires, tant elles sont liées à sa personnalité, à ce timbre chaleureux, aux intonations qu’il prend pour les raconter, aux imitations de ces personnages ayant croisé son chemin, difficile de rapporter ici, par exemple, son imitation des premiers sketches de Serrault et Poiret, le comédien américain et l’explorateur. Une interview d’une certaine façon tronquée mais nous avons néanmoins essayé d’en préserver la teneur afin de partager avec vous cette rencontre magique.
SW) Qu’est-ce qui vous a amené à diriger vos pas vers la radio, médium qui vous a donné l’occasion de lancer votre carrière ? PT) En sortant de l’Idhec, je cherchais un stage et je me suis retrouvé par le plus grand des hasards au Club d’essai de la Radiodiffusion française pour une séance d’initiation. J’y ai passé une audition et je me souviens avoir improvisé autour d’un chapeau que l’on m’a envoyé. Je me suis amusé et j’ai eu la chance de rejoindre cette équipe, dirigée alors par un poète nommé Jean Tardieu. Nous y montions uniquement des émissions diffusées sur la région parisienne. En quelques jours j’ai connu Boris Vian, il y écrivait des textes, y improvisait de la musique, j’ai croisé tout le petit monde de Saint-Germain, Juliette Gréco, Jacques Fabry, j’ai également fait la connaissance de toute l’équipe des branquignols et de Robert Dhéry, ils m’ont époustouflé. Je me suis senti heureux au cœur de cet univers. Parallèlement, quelques temps plus tard, via un ami, je me suis retrouvé régisseur pour la troupe de théâtre d’un certain Monsieur Richard et nous sommes partis jouer des pièces en Allemagne pour les soldats prisonniers sous l’Occupation. Ce Monsieur Richard, c’était évidemment Jean de son prénom, qui, à notre retour de tournée, venait d’ouvrir Le Chapiteau sous lequel un certain Monsieur de Funès a fait ses premiers pas aux côtés de
Darry Cowl, Roger Pierre et Jean-Marc Thibault. J’avais 19 ans et j’ai commencé à travailler avec eux. J’ai eu une chance inouïe, je ne m’en rendais pas compte évidemment, et je l’ai saisie, ce fut le début de merveilleuses aventures. J’ai même fait mes premiers pas en tant qu’acteurs. Michel Deray, qui venait souvent prendre la parole au Club d’essai, m’a proposé de faire du théâtre, il voulait que je joue avec lui dans une comédie musicale,
La Tour Eiffel qui tue, c'était en 1948, une pièce dans laquelle jouait également Mouloudji.
Quelque temps plus tard, vous vous tourniez également vers le petit écran ?A la même époque, Pierre Sayag, reporter à la Radiodiffusion française, une sorte de Rouletabille national, me propose de participer à des actualités quotidiennes, il n’y en avait pas alors et les sujets montés étaient toujours diffusés avec plusieurs jours de retard, lorsque l’on se rendait au cinéma, ce n’était jamais du direct. C’était les débuts de la télévision française, on avait très peu de moyens, on tournait avec de toutes petites caméras sans aucune prise de son, on disait les commentaires(pas d'enregistrement possible) et ce qui plaisait aux premiers téléspectateurs, c’était de découvrir ces images quasiment en direct et notre liberté de ton. Ce qui était amusant, c’était qu’à cette époque, dans les années 60, ce qui intéressait les spectateurs, c’était plus ce que nous vivions. Ils s’inquiétaient de savoir, par exemple, si notre micro n’était pas tombé alors que nous enregistrions l’émission. Durant près de cinq années, j’ai ainsi joué les journalistes pour le premier journal télévisé et j’en garde de merveilleux souvenirs.