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Point De Vue : Cannibal Holocaust [page 1]

Par - publié le 04 novembre 2005 à 06h05 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h38 - 0 commentaire(s)
Aujourd'hui, on aura beau faire ce qu'on voudra en matière de gore et de surenchère horrifique comme par exemple mâtiner sa fiction de réminiscences Romeroiennes (28 Jours Plus Tard, de Danny Boyle) ou simplement se remettre au goût du jour (Land of the dead, de sir Romero), on ne fera jamais plus efficace que ces films d’exploitation glauquissimes des années 70 où – alors – il n'y avait aucun interdit. Il en existe pourtant un, encore plus crade, plus ambigu, plus inacceptable que tous les autres. Son nom ? Cannibal Holocaust, un opus terrible où les barrières morales sont annihilées et duquel on ne se remet jamais vraiment. Tous ceux qui l'ont vu vous le diront : on conserve un souvenir traumatisant (d'un élément) du film. Appartenant (sans peine) à cette longue liste de films dit scandaleux qui sont impossibles à regarder jusqu'au bout et rejoignant (sans problème) tout ce qui a été fait d'extrême dans le genre, Cannibal Holocaust est un magma horrifique suprêmement ambigu pour les uns ; un vomitif indéfendable pour les autres. Et pour vous ?



Cannibal Holocaust possède une structure narrative particulière que certains peuvent déjà trouver discutable. Clairement, il est scindé en deux parties. La première partie montre le professeur Monroe, anthropologue de renom, qui part à la recherche de deux journalistes et deux caméramans de télévision qui ont disparus dans la jungle Amazonienne. Volontairement étirée, elle sert à faire patienter le spectateur jusqu'à la seconde partie, celle où on voit le fameux documentaire restant dans son intégralité. Toutes les scènes chocs du film sont consciencieusement placées à la fin dans l'unique but de donner un intérêt double au film qui subodore que les scènes finales sont hallucinantes (l'anthropologue qui lance "Si vous aviez tout vu, vous seriez d'accord avec moi"). Une récompense qui mérite un peu de patience, peut-on penser. Une récompense qu'on aurait préféré ne jamais avoir vue tant l'impact qu'elles génèrent surpasse en horreur tout ce qu'on a déjà vu au cinéma.
L'idée du documentaire est de faire partager au spectateur la souffrance de ces personnages en temps réel. Cannibal Holocaust repose sur un principe précis : on fait vivre les horreurs des jeunes journalistes pour déboucher sur pléthore d'interrogations sur la vie elle-même. On est en cela très loin, par exemple, de la bêtise des Face à la Mort qui montraient crûment des séquences abominables en proposant, en guise de commentaires, des réflexions obséquieuses et pontifiantes sur l'horreur humaine. Fort heureusement, Cannibal Holocaust, aussi insoutenable soit-il, ne mange pas de ce pain-là ; et s'il se détache du lot, c'est notamment grâce à l'ambiguïté d'un propos dans lequel le cinéaste lui-même ne sait plus où se placer. En vérité, il pose tellement de questions à la fois qu'il semble se perdre. D'où l'obligation de voir le film à répétition pour clairement distinguer le propos de ce dernier.



Comme tous les films qui remettent en cause les notions préconçues et montrent l'être humain sous son jour le moins flatteur, Cannibal Holocaust n'a pas usurpé sa réputation de film scandale. Pour donner un exemple, à la sortie du film en 80, on a demandé au réalisateur de prouver l'existence des acteurs. Preuve que le film dérange donc mais qu'également, il véhicule les rumeurs les plus absurdes. La raison pour laquelle il soulève l'indignation par exemple en Grande-Bretagne où il fut censuré, c'est présentement les actes de torture sur les animaux qui sont bel et bien réels (dans les moeurs singulières des tribus, les singes, les jaguars et même les sangsues y passent...). Pour sa part, la phrase que le réalisateur Ruggero Deodato sort à chaque fois qu'on lui pose la question sur cet épineux sujet est : "Nous avons respecté les quotas de chasse délivrés par les autorités". Point barre.


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