Influences de Daniel Algrant est un peu passé inaperçu en 2003 et il s'agit pourtant d'un très bon film. De par son statut exceptionnel, Pacino est de plus en plus souvent amené à honorer de sa présence des productions qui ne sont pas à sa hauteur (
La Recrue par exemple). Il est un symbole qu'on engage pour convoquer tout ce qu'il représente, sans exiger de lui une performance exceptionnelle, juste pour ajouter un atout à un film de studio, qui sans lui, brillerait par sa banalité.
Ce n'est pas le cas d'
Influences, inspiré de faits réels, l'histoire d'une déchéance, celle d'un attaché de presse idéaliste et engagé mais empêtré dans un milieu superficiel et artificiel dont il est plus que lassé. Al Pacino campe donc un personnage au bout du rouleau, désabusé, acteur d'une vie qui ne le concerne plus. Il prend des pilules pour tenir encore le coup, connaît tous les vices cachés de la société du spectacle, les vanités mesquines, la déloyauté profonde des célébrités de cartons pâte qui lui pompent toute son énergie (en la personne de Ryan O'Neal, acteur glorieux qui fut son poulain pendant des années et qui veut se séparer de lui).
Lui était investi, engagé, dévoué à ce qu'il faisait. Dans l'évènement qu'il tente d'organiser en faveur des quartiers pauvres, dans les péripéties glauques auxquelles il est mêlé et dont il doit se débrouiller, on sent qu'il n'y a pas d'espoir de retour, qu'il est lucide sur la futilité de ce qu'il fait, mais qu'il est allé trop loin pour briser le cycle, qu'il se laissera ronger jusqu'au bout (malgré la promesse de salut que porte la belle Kim Basinger). Ce pauvre homme se dépense encore, en pure perte, dans la perspective de jours meilleurs qui ne seront jamais les siens (un peu comme Carlito Brigante, c'est un thème courant dans l'oeuvre du comédien).Il incarne un vestige d'intégrité dans une supercherie universelle (celle du showbiz). Ce romantisme désenchanté est très beau. Le personnage qui en a trop vu, l'est également. Il y a une dimension de tragédie dérisoire et moderne dans ce film qui offre à Al Pacino un très beau rôle.

Voilà, beaucoup des facettes de l'acteur furent évoquées ici. Il en manque probablement encore (la parodie de gangster de
Dick Tracy ou son personnage touchant dans la comédie romantique
Frankie et Johnny par exemple). Mais Al Pacino est là: sa belle énergie, son implication totale, la générosité qu'il a de se jeter de toutes son intensité dans ses rôles, de risquer quelque chose, d'inventer.
Le feu sacré l'anime et même si on le connaît bien, on le découvre à chaque fois comme si c'était la première fois, dans la richesse de nuance d'un nouveau personnage derrière lequel il s'efface souvent. On se souvient de Tony Montana, Frank Serpico, Michael Corleone comme de créations distinctes qui empruntent tous les traits d'un des plus grands acteurs de tous les temps.
Il fait assurément partie de ceux qui ont fait oeuvre et dont la passion et l'engagement nous font aimer si fort le septième art. Il est l'un de ceux qui fascinent et qui donnent envie de percer le mystère des vrais grands comédiens, de leur technique, de leur inspiration. On peut tenter d'approcher cela. Mais toute la beauté de la chose, c'est que notre émerveillement devant leur travail reste intact et garde sa part d'inexplicable. C'est peut-être ça le génie.