Alors quand on le retrouvait à l'affiche du paresseux Mr et mrs Smith, le blason de Brad n'était pas redoré. Ce
True Lies du pauvre mâtiné de
Guerre des Rose sur pilote automatique, est mis en scène sans la moindre audace. Manifestement monté par pur opportunisme, Voici une histoire prétexte pour avoir un succès assuré sur le nom de deux des acteurs les plus bankable du monde (le beau Brad et la jolie Angelina). La rencontre est d'ailleurs belle et rend le film supportable. L'alchimie et l'autodérision des deux comédiens finit par emporter une molle adhésion. Cependant, Pitt continue sur la même lignée que dans les
Ocean's, c'est à dire fait ce qu'on attend de lui, capitalisant sur l'image que l'on a de lui et qu'il s'est façonnée.
Quand on le découvrait dans
Babel, on ressentait un certain soulagement parce que le bonhomme commençait à se reposer sur ses lauriers d'acteurs pour concrétiser ses belles ambitions de producteur (
les Infiltrés,
Un Coeur Invaincu et
l'Assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford). Dans le film choral d'Inarritu, Brad Pitt incarne le mari de Cate Blanchett, touchée par un coup de fusil. Leur couple rencontre des difficultés, on les sent éloignés l'un de l'autre et cet événement (qui touchent beaucoup d'autres vies), va les rapprocher. Ce rôle est assurément un tournant pour Pitt car il y apparaît plus mur, vieilli, grisonnant barbu, un homme marié et installé. Ensuite, il va loin dans son interprétation de l'urgence, de la fatigue, de l'angoisse, des pleurs de découragement, On l'a rarement vu explorer un rôle si loin, se défaire de son image et s'investir à fond dans la vie intérieure d'un personnage, faisant ressentir tout ce qu'il traverse. Au diapason du reste du film, il transcende son talent et montre le très grand acteur qu'il peut être.

Avec l'Assassinat de Jesse James, Brad Pitt confirme ce retour à des oeuvres plus ambitieuses, cette fois en tant qu'acteur et producteur, ayant acquis le pouvoir de faire ce qui lui tient à coeur, à l'image de son ami George Clooney. Dans ce western étrange il touche à une problématique qui le touche de près, puisqu'il s'agit d'une réflexion sur la gloire et son pouvoir destructeur. Robert Ford est fasciné par Jesse James, en tuant ce personnage mythique il voulait recueillir un peu de sa gloire, un peu comme Marc Chapman, assassin de John Lennon. Le comédien sous une pression médiatique perpétuelle et excessive ces derniers temps ne peut qu'être sensible à pareil propos. Ce film reprend une figure mythique de l'Ouest qui maintes fois a inspiré le cinéma et l'éclaire sous un nouveau jour. Brad Pitt a l'envergure suffisante pour incarner cette légende, dans un film lent et audacieux, contemplatif, à mille lieues des exigences et des codes contemporains qui misent avant tout sur l'efficacité et un montage saccadé et frénétique. Ici on embrasse le paysage, les regards inquiétants de Casey Affleck, celui, fixe, agrandi et dépressif de Pitt, ses éclats de rires soudains et dissonants, plus dérangeants qu'autre chose. Il incarne un homme qui a le pressentiment de sa mort. Dans l'immensité des panoramas et de majestueux plans d'ensemble, dans les nuits noires et les échanges intenses entre les comédiens, on assiste à une belle marche funèbre.

A l'affiche du dernier film des Frères Coen,
Burn After reading, Brad Pitt renoue avec un univers déjanté comme il les aime, la fratrie retrouvant un ton délirant après le dépouillé et très noir No Country for old men. Il se trouve en possession de secrets d'Etat qu'un agent de la CIA licencié gardait pour écrire ses mémoires. Grâce au duo improbable qu'il forme avec Frances MacDormand -ils travaillent tous deux dans un club de fitness-, l'intrigue va sérieusement dérailler. On connaît le talent de Brad Pitt pour aller dans la fantaisie débridée et pour cabotiner juste. On l'a moins vu dans des rôles de loser (hormis son apparition dans
True Romance). Ici un homme ordinaire se trouve mêlé à des affaires dont il n'aurait jamais dû avoir connaissance. Il aborde donc ouvertement le burlesque avec ce grain de folie que l'on a toujours senti en lui.
Après la gravité et l'instabilité profonde du mystérieux Jesse James, il passe à l'autre extrême avec une jubilation manifeste. On est devant un comédien libre de ses choix et qui s'investit de plus en plus dans ses rôles et dans ses films. Il s'y dévoile et s'y engage. Il est un acteur audacieux qui explore toutes les possibilités qui s'offrent à lui. Il est assurément une star. Il brille surtout par l'indépendance artistique qu'il a pu acquérir et par ses choix souvent judicieux.