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Portrait : Julie Delpy [page 3]

Par Laurent Tity - publié le 11 juillet 2007 à 00h00 ,
MAJ le 31 mars 2010 à 18h15 - 0 commentaire(s)
L’amour trouve sa force dans son intemporalité, et que l’on soit jeune étudiant plein d’espoir ou trentenaire blasé par la vie, il demeure dans un coin de notre cœur, prêt à rejaillir au hasard d’une nouvelle rencontre. Jesse et Céline n’ont plus vingt ans, Ethan et Julie non plus… Voilà la véritable chance dont bénéficie Richard Linklater. Comme cela s’avère, pour des raisons de commodité évidentes - rarement le cas au cinéma - les acteurs évoluent ici en même temps que les personnages. Ainsi, les neuf années d’expérience acquises par Jesse et Céline correspondent aux mêmes années de la vie d’Ethan Hawke et Julie Delpy. Le réalisateur peut ainsi s’inscrire dans un projet encore plus intimiste et personnel que lors de Before Sunrise qui symbolisait la jeunesse et la naïveté. Before Sunset applique exactement la même recette, rencontre et passion dans un laps de temps très court, mais avec des personnages dont la réalité d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier. Jeunesse et naïveté laissent place à maturité et réalisme. Pourtant, cette rencontre paraît encore plus surréaliste que la première. Les deux tourtereaux ressemblent à des fantômes errant dans les rues parisiennes à la recherche du paradis passé. Lui est écrivain à succès, elle travaille pour une organisation humanitaire. Tous deux semblent épanouis dans leur vie professionnelle. Mais au fur et à mesure qu’ils déambulent dans la capitale française, le voile se lève peu à peu sur une vie sentimentale s’apparentant à un échec cuisant, d’un côté comme de l’autre.


D’un point de vue réalisation, Linklater nous met de suite dans l’ambiance intimiste qu’il confère au film, en restant toujours le plus près possible de ses personnages, les suivant pas à pas. Ainsi, un long plan séquence, de la librairie jusqu’au café où le réalisateur ne perd pas un mot, un geste, de Jesse et Céline. Une vraie merveille qui rehausse encore si besoin est la performance des acteurs, qui parviennent sur une prise de plusieurs minutes à tenir leurs rôles respectifs et transmettre une réelle sensation de spontanéité, comme s’ils improvisaient vraiment une conversation. A l’instar de Before Sunrise, les plans rapprochés sur un personnage demeurent rares, tant Linklater tient à ne surtout pas dissocier le couple. Car toute l’importance et l’essence de cette histoire résident dans la dualité et l’osmose du tandem. Le spectateur doit pouvoir remarquer les tics de Jesse pendant que Céline parle et vice versa. Il ne s’agit pas d’une suite de tirades ronflantes mais d’un véritable dialogue.

La simplicité de la trame facilite l’adhésion totale au jeu de cache-cache auquel se livrent les protagonistes. Mieux encore, rarement dans une romance l’amour n’aura été suggéré, murmuré, avec autant de délicatesse et de finesse. Linklater ne tombe jamais dans les poncifs du genre faits de déclaration amoureuse à l’eau de rose, petit détour par la chambre d’hôtel pour consommer la flamme tout juste allumée ou ravivée, retournement de situation, réconciliation rocambolesque, etc, etc. Point de tout ceci dans Before Sunset. Et pourtant, l’amour est omniprésent, dans les regards, les sourires, les pleurs, les paroles. Le réalisateur, plutôt que d’extérioriser ces sentiments, comme chacun s’y attend, choisit de les sublimer en jouant justement à l’inverse sur la retenue constante de ses personnages. Enervant me direz-vous ? Oui, clairement, délicieusement énervant. Car c’est pour cela que Before Sunset marque les esprits. Le film pousse le spectateur à vouloir agir, crier à Jesse et Céline de s’avouer leurs sentiments et s’embrasser. Parce qu’ils sont faits l’un pour l’autre, parce qu’ils s’aiment, parce que c’est tout ce qui compte. La dernière scène du film résume absolument tout, sublime. Tout y est, l’amour passé, le rêve présent, le bonheur futur, l’incertitude. La vie est-elle un éternel recommencement ?

Pour tout cela et plus encore, Before Sunset s’impose à coup sûr comme l’une des romances les plus touchantes du cinéma et donne envie de tomber amoureux.


L’expérience Before sunset, en plus de retourner les cœurs, permet à Julie Delpy de mettre en exergue une autre facette de son talent : l’écriture. Sa nomination aux Oscar dans la catégorie du meilleur scénario est un début de reconnaissance, mais l’actrice veut toujours plus. La réalisation l’attire également beaucoup, et comme à chaque fois, plutôt que de cogiter, elle franchit le pas. Avec un court-métrage d’abord (Blah Blah Blah), puis réalise les longs Tell me et Looking for Jimmy, avant d’enfiler toutes les casquettes sur son dernier 2 days in Paris. Une comédie sentimentale, genre dans lequel l’actrice se sent très à l’aise, qui confirme le talent protéiforme de Delpy et donne peut-être une nouvelle direction à la carrière déjà si marginale de la jeune femme. Quoiqu’il en soit, elle fera toujours partie de ces figures atypiques dont le cinéma a grandement besoin pour demeurer un art et non pas seulement une industrie.
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