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Portrait : Marcel Carne [page 1]

Par Jean-Baptiste Guégan - publié le 19 octobre 2006 à 02h01 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 18h13 - 0 commentaire(s)
Au moment où tant de ses films ressortent dans de nouvelles éditions DVD, profitons donc de l’anniversaire de sa disparition pour composer le portrait de ce cinéaste émérite autant que celui de cet homme éminemment regretté que fut Marcel Carné. Voilà bientôt dix ans déjà qu’au regret de tous, nous quittait dans la froide noirceur d’un soir d’octobre, celui qui fut sans conteste l’un des représentants les plus illustres de l’Âge d’Or du cinéma français et sûrement plus encore.

« Une Garance qui vous doit tout. Marcel Carné, c'est le Karajan du cinéma [...] il a quelque chose de merveilleux : c'est l'amour du cinéma. J'ai déjà vu des gens aimer leur métier , mais comme lui jamais. » (Arletty à propos de Marcel Carné)

Né le 18 août 1909 dans le quartier des Batignolles à Paris - il refusera d’ailleurs longtemps de l’admettre - Marcel Carné connaît une attirance précoce et passionnée pour le monde du spectacle, du music hall au cinéma. Pour l’homme dont le nom est le prémonitoire anagramme d’écran, cet univers fascine et dès lors, il fera tout pour en faire partie. Ainsi après des études de photographie, il s’essaiera notamment au journalisme, à la critique de cinéma pour Ciné-Magazine et au documentaire autoproduit avec Nogent, eldorado du dimanche. Avant que celle qui allait devenir sa femme, Françoise Rosay ne parvienne à le faire débuter comme assistant caméraman sur Les Nouveaux messieurs, un film que Jacques Feyder va tourner en 1928, l’envie tardait malgré ses fréquentations à se concrétiser en opportunité.


L’entente étant cordiale et l’expérience plutôt positive et réussie avec Feyder, la confiance que lui accorde dorénavant le réalisateur, va le mener à ses côtés à assumer le rôle plus important d’assistant sur des métrages plus notoires comme Le Grand Jeu en 1933, Pension mimosa ou La Kermesse Héroïque deux années plus tard. Entre temps, en plus de quelques films publicitaires, il aura œuvré en 1930 dans le même rôle d’assistant au côté de René Clair pour son film Sous les toits de Paris.

De cette expérience plurielle et ô combien formatrice, vont naître le désir et surtout la possibilité de tourner Jenny, son premier métrage - un film de commande -, cela alors que ses vingt cinq printemps et sa relative inexpérience auraient dû constituer de plus délicats embarras sans l’entremise de Feyder. L’année est alors au Front Populaire et à l’avènement des congés payés. 1936 sera donc l’année qui marquera ses débuts de cinéaste et qui le verra composer l’équipe qui va le suivre et l’entourer dans les réalisations marquantes qui suivront. Que l’on songe à Jacques Prévert est évident. Ils collaborent d’ailleurs ensemble depuis presque cinq années; son intervention sur Jenny sera d’ailleurs liée au talent d’auteur de Prévert et à la nécessité de revisiter et retravailler la base scénaristique de départ, jugé trop faible. La présence de Joseph Kosma à la partition musicale et à la bande son s’avérera également déterminante mais surtout pérenne et fructueuse puisqu’à eux deux, ils feront carrière commune durant de longues années avec Marcel Carné. Quant à Alexandre Trauner, spécialiste du décor et troisième élément incontournable de l’équipe de Marcel Carné, il ne rejoindra le trio précédemment formé que l’année suivante pour Drôle de drame. Inspiré d’une pièce écrite par Storer Clouston, His first Offence, ce film sera un échec public mais restera dans les mémoires pour une de ses répliques devenues fameuses le "bizarre, bizarre...Comme c’est bizarre" que murmure Louis Jouvet avant qu’un autre des plus grands acteurs français de tous les temps, Michel Simon ne le reprenne. Le succès cependant ne tardera pas et ce quatuor vertueux formera l’équipe des plus grandes réussites du réalisme poétique d’alors et du cinéma français de qualité.


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