Par Nicolas Houguet - publié le 06 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 31 janvier 2010 à 23h18 - 0 commentaire(s)
Portman apportera sa fantaisie et son allégresse au délirant magasin tenu par Dustin Hoffman dans le Merveilleux magasin de monsieur Magorium. Récemment, elle fut le bel atout de V pour Vendetta, adaptation inégale de l'oeuvre d'Alan Moore. Les scènes où la fragile Evey est la captive de V sont extrêmement réussies. Le personnage veut s'opposer au régime qui oppresse l'Angleterre mais il lui faudra traverser bien des épreuves pour embrasser la radicalité du vengeur masqué. Et c'est en cela que le film est fidèle au roman graphique original, car c'est cette évolution d'Evey qui le structure (davantage que les scènes d'action beaucoup plus convenues). La portée idéologique, c'est elle qui l'incarne. Son crâne rasé devient le symbole de sa métamorphose. Elle est violemment questionnée et trouve le salut (et triomphe de sa peur) dans le récit d'un autre destin tragique (et assez bouleversant). Le visage de l'actrice se durcit. Cette transition est belle à voir, l'interprétation de Portman est intense, cathartique, on épouse totalement son ressenti. Son point de vue devient le coeur de la narration du film. Elle est celle qui découvre V, elle est celle qui raconte son histoire.


C'est pour la beauté de ses réactions premières, cette façon d'en imprégner son visage avec une grande simplicité que Natalie Portman se distingue. Elle est en prise directe avec son personnage, elle n'a pas besoin de tics pour le faire ressentir. Elle rend sensibles ses motivations profondes. Les Fantômes de Goya de Milos Forman constitue une grande déception car il n'a pas profité de ce raffinement. Le jeu de Portman est expressif et juste depuis toujours. Elle n'a pas besoin de prothèses et d'outrances fardées pour l'accentuer. Or elle passe la dernière partie du film la bouche tordue, totalement défigurée par des années de maltraitance et d'emprisonnement. Et ce maquillage crasseux paraît exagéré. Car la comédienne est capable de suggérer la ruine morale et physique de son personnage avec davantage de force sans cela. C'est cette expressivité puissante, presque naïve, qui impressionnait dans Closer et Garden State. L'engloutir sous un maquillage qui la masque ressemble à du gâchis.

Deux soeurs pour un roi est un film certes très académique mais assez réussi. Il réunit Natalie Portman et Scarlett Johansson. L'histoire est passionnante: les deux soeurs Boleyn se disputent les faveurs d'Henry VIII (Eric Bana, imposant et sanguin). Portman tente d'intriguer pour avoir l'avantage, lorsque le roi a engrossé sa soeur. Grâce à sa ruse, elle éveille chez lui une passion dévorante qu'elle s'emploie à ne pas satisfaire pour arriver à ses fins. Fou de désir, il rompt avec l'église catholique pour pouvoir enfin épouser la belle et la posséder enfin. Dévorée par l'ambition et le désir de vengeance, Portman est industrieuse et intrigante. Elle s'oppose totalement à l'innocence vertueuse de sa soeur. Johansson incarne avec sensibilité ce personnage pur et droit (un peu à l'image de la pudeur virginale qui la caractérisait dans La Jeune Fille à la perle). Portman paiera sa soif de pouvoir au prix fort et la rancoeur du roi sera aussi violente et impitoyable que son désir. Elle sera brisée pour ne pas lui avoir donné d'héritier mâle. Le film tient par l'interprétation du trio principal, dans la peau de personnages très marqués (la pureté, l'ambition, le désir) et portraiturés d'une manière efficace. L'oeuvre est attendue, mais l'épisode est assez envoûtant, plein de passion et de fureur. Cela permet de passer un agréable moment au milieu de ces tourments shakespeariens.


Cependant, il est clair que le talent de Natalie Portman trouve davantage la place de s'exprimer dans des films plus indépendants et moins calibrés, comme Garden State ou Closer. Elle a de beaux choix inattendus, sensibles et audacieux. Les plus grosses productions profitent de sa présence et en usent opportunément. Mais My Blueberry Nights ou Free Zone permettent la découverte d'une grande et belle expressivité.
L'actrice est intense. Elle dévoile sa sensibilité avec une belle générosité dans ses rôles. Elle veut explorer de grandes histoires également, notamment celle de ses origines, comme sa première réalisation A Tale of Love and Darkness (qui se déroule pendant la création de l'Etat d'Israël) en témoignera encore. Elle retrouvera également Zach Braff dans New York, I Love You. Objet de l'amour de deux frères (Jake Gyllenhaal et Tobey Maguire) dont l'un, son époux part faire la guerre. Afghanistan, elle prête sa beauté et sa sensibilité au Brothers réalisé par Jim Sheridan au sein d'une liaison tourmentée et une histoire de famille bouleversante.
 
Par ses choix divers et cosmopolites (notamment dans Paris Je t'aime), elle donne le sentiment de se renouveler sans cesse, de s'ouvrir sur le monde. Une cohérence se dessine dans sa filmographie. Elle est une artiste qui mène sa carrière avec intelligence et discernement, ayant trouvé sa place, consciente de ce qu'elle peut apporter aux oeuvres auxquelles elle se consacre.
Vos réactions


logAudience