Par Nicolas Houguet - publié le 07 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 07 octobre 2009 à 17h55 - 0 commentaire(s)
Il était une fois dans le Bronx livrait voici une douzaine d'années la vision tendre et humaine de l'univers de son enfance, le même que celui de Scorsese, celui des Affranchis et de Mean streets. Cependant le regard de De Niro, pourtant interprète emblématique de Scorsese, dans un univers très voisin de celui de son ami, est bel et bien différent. Il n'a pas le cynisme, ni la fascination pour le Mal qui sont la marque de Scorsese. Il décrit avant tout la vie d'un quartier à travers le point de vue d'un enfant, tiraillé entre les gangsters qui font la loi et imposent le respect, et l'intégrité de son père, un travailleur honnête, un gars bien qui tient à le préserver de ces mauvaises influences. De Niro campe ce chauffeur de bus, l'un de ces américains moyens que les gangsters de Scorsese méprisaient ouvertement (des losers qui suaient sang et eau pour rien). Ici ce n'est pas même le cas, car s'il y a bien rivalité entre le père du jeune garçon et le caïd du quartier, on sent qu'ils se respectent mutuellement. L'interprétation de De Niro est donc plus nuancée par essence car il se situe à la croisée des chemins, respectant chaque camp, un peu à l'image sans doute des gens du quartier, et n'épousant pas totalement le point de vue des truands comme c'est souvent le cas.


Sa mise en scène est certes académique et classique. On n'y trouve pas les audaces narratives de Scorsese, on y songe forcément, mais il a un regard très touchant, très juste également, plein de nostalgie, ce qui fait de sa première oeuvre, un moment de cinéma profondément attachant, un beau film sur l'enfance et les forces souvent contraires qui forgent le caractère d'un homme.

C'est cette sensibilité profonde qui ressort de sa carrière. Pour sa seconde réalisation au sujet plus ambitieux et plus aride, on peut penser qu'il apportera cette humanité et cette chaleur à son film, comme il l'a toujours fait avec constance. Quand il ne cachetonne pas en faisant du De Niro et en se caricaturant lui-même, il est toujours immense. Il semble avoir trouvé le bon équilibre et assume son statut de grand acteur qui a contribué à changer la face du cinéma. Et son statut de monstre sacré, de référence absolue, lui permet à présent de s'impliquer dans des projets qui lui tiennent à coeur. Raisons d'Etat pourrait fort bien être le début de quelque chose, où il tiendrait les promesses de son premier film en tant que cinéaste. Il est une légende certes. Mais il ne se laisse pas statufier. Il est en action, devant et derrière la caméra. Et l'ampleur de son talent, de son inventivité et de son expérience lui permettent à présent d'aborder tous les genres.
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