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Portrait : Ron Howard [page 1]

Par Cédric Muffat - publié le 17 mai 2006 à 10h03 ,
MAJ le 24 septembre 2009 à 17h55 - 0 commentaire(s)
Il est parfois des réalisateurs qu'il fait bon détester. Que leur cinéma soit trop accessible, trop naïf, ou tout simplement trop populaire pour être honnête. Si cette règle tacite peut avoir un fond de vérité selon les cas (mettez ici le nom d'un réalisateur à succès que vous détestez), elle relève parfois de l'amnésie partielle. Soit quelques arbres (les mauvais films) parvenant à cacher sinon une forêt; tout du moins un joli bosquet (les bons). Ron Howard peut assurément briguer une place dans cette seconde catégorie. Les éléments à charge? Une réalisation académique, principalement, une tendance à sombrer dans la mièvrerie et le sentimentalisme, et une propension à donner trop de clés à son spectateur. Des "défauts" que l'on retrouve déjà, en tout cas pour certains, dans l'œuvre de réalisateurs comme John Ford, David Lean, Franck Capra ou Steven Spielberg. Soit quelques-unes des principales influences cinématographiques de Ron Howard. Oui, mais voilà: pour son malheur, Ron Howard n'est ni John Ford, ni David Lean, ni Capra, et encore moins Spielberg. De là à le clouer au pilori, il y a tout de même un pas, qu'une filmographie loin d'être honteuse permet de tempérer.



Si le mérite d'un metteur en scène se mesure au nombre de steaks de vaches enragées qu'il a du ingurgiter et de portes claquant au nez qu'il a du enfoncer avant d'accéder à la renommée, alors force est de constater que les débuts dans le métier du petit Ronald William Howard plaident plutôt en faveur de ses détracteurs. Fils de parents acteurs, il joue son premier rôle en 1956 dans Frontier Woman, à l'âge de… 18 mois. S'il lui faudra attendre trois ans de plus pour obtenir son premier rôle parlant aux côtés de Yul Brynner dans The Journey, où il sera crédité sous le nom de Ronny Howard, il ne cessera plus dès lors de fréquenter les plateaux. C'est la télévision qui fait de lui un des enfants stars de l'Amérique, via des apparitions régulières dans des sitcoms telles que The Andy Griffith Show (à partir de 1960) ou Dennis la petite peste (idem). On le retrouve également dans un épisode de La Quatrième dimension, Balade pour le passé ("Walking Distance", saison 1). Mais c'est surtout pour le rôle du gendre idéal Richie Cunningham dans Happy Days, de 1974 à 1980, qu'il gagne une notoriété internationale. le sourire innocent, toutes taches de rousseur en avant, Ron Howard fait des étincelles et contribue à assurer la mythologie du programme via un personnage aujourd'hui pratiquement aussi célèbre que Fonzie, son antithèse version cool. Un personnage que Ron Howard avait pu sculpter l'année précédant le lancement du show, grâce à son rôle dans la principale source d'influence de Happy Days, soit American Graffiti. Une collaboration avec George Lucas qui s'avèrera déterminante par la suite, et l'occasion pour le jeune acteur d'affirmer sa réelle vocation: la réalisation. Du chemin a en effet été parcouru depuis ses premiers courts métrages en super-8 réalisés à l'âge de 15 ans (les trois premiers, Old Paint, Deed of Daring-Do et Cards, Cads, Guns, Gore and Death sont visibles sur le DVD des Disparues), et des contacts ont été noués. Avec Roger Corman notamment, qu'on ne présente plus. C'est donc en 1976, juste après sa performance dans Le dernier des géants (The Shootist) aux côtés de John Wayne, que Ron Howard embraye sur le tournage de son premier film en tant que réalisateur: Grand Theft Auto (Lâchez les bolides chez nous). Un film que Corman accepta de produire en échange de la participation de Ron Howard-acteur dans Eat my dust, une autre production du mogul. Grand Theft Auto sort en 1977, et remporte un franc succès auprès du public des drive-ins. (Pas étonnant pour un film se déroulant dans l'univers des courses automobiles.) Mais ce n'est qu'en 1984, après quelques téléfilms, une première fille (une certaine Bryce Dallas, née en 1981) et un second long métrage (Les Croque-morts en folie, 1982), que Ron Howard obtiendra un vrai succès populaire.



"Irréprochable" n'est pas une qualité que l'on peut accoler à Splash, le film par lequel tout arriva. "Cérébral" non plus. Et à vrai dire; même l'adjectif "divertissant" paraît aujourd'hui tout juste approprié pour qualifier cette inoffensive comédie où Tom Hanks, alors tout jeunot et pas encore connu, recueille dans sa piscine une authentique sirène (comprendre une fille vêtue d'un collant en forme de queue de mérou) incarnée avec candeur par Daryl Hannah. Pourtant, la sauce prend auprès du public et le film fait un petit carton. Que celui-ci soit mérité ou pas relève aujourd'hui de la rhétorique, Splash ayant ouvert la voie à tous les succès subséquents du réalisateur.
Cocoon tout d'abord, dès l'année suivante, qui pose cette fois clairement les bases du "style" Ron Howard. Soit une capacité toute spielbergienne à l'émerveillement qui en agace toujours plus d'un, une certaine fraîcheur dans les sentiments trop souvent assimilée à de la mièvrerie, mais avant tout une mise en scène aussi fluide qu'évidente, sans chichis, qui s'efface volontiers en faveur de l'histoire. Le récit, et la manière de le faire vivre sans efforts : là est sans doute la véritable préoccupation de Ron Howard, pour peu que l'on se penche sur sa filmographie. Cela ne s'effectue bien sûr pas toujours sans heurts, et ce n'est certainement pas un accident si les films les moins convaincants de l'ex-enfant acteur sont ceux dont la narration est la plus balisée et la moins surprenante. Cocoon, s'il se laisse toujours regarder sans déplaisir, peut prétendre appartenir à cette catégorie. Malgré un canevas pas plus bête qu'un autre (des papis commencent à retrouver la force de leur jeunesse au contact de cocons extraterrestres immergés dans la piscine de leurs voisins), le film se fourvoie dans des effets faciles, brasse quelques clichés et est aujourd'hui clairement estampillé eighties. Dommage, car il n'est pas pour autant dépourvu de qualités, comme en atteste une peinture jamais misérabiliste de la vieillesse et des dialogues parfois savoureux. (Don Ameche à James Garner: "-ne me dis pas que tu bandes ? -Un chat n'y planterait pas ses griffes.") Des qualités qui ont dû taper dans l'œil du public de l'époque, puisque le film a atteint les cimes du box-office, que Ron Howard n'a depuis quittées que rarement.


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