Vous voulez un paradoxe ? Une seule minute de
Massacre à la tronçonneuse (1974), premier long métrage de Tobe Hooper, est plus moderne, effrayante et impressionnante que l’intégralité de
Mortuary (2006).
LES BLESSURES ASSASSINESQu’on se le dise : un réalisateur qui a fait tourner Marylin Burns ne peut pas être foncièrement mauvais ! Surtout quand il fait tourner la
Scream Queen dans deux de ses plus grands films (
Massacre à la tronçonneuse, 74 ;
Crocodile de la mort, 77). Grand cinéaste de l’angoisse, il est tombé dedans très jeune. A quatre / cinq ans, il a découvert les joies du septième art grâce à son papa toqué de ciné qui gérait alors un hôtel où il y avait un cinéma. L’anecdote veut que le jour où le jeune Tobe est né, sa mère était au cinéma en train de regarder un film. Ce trajet, du cinéma à la maternité, l’a vraisemblablement marqué. Par la suite, les parents n’ont cessé de traîner leur enfant voir toute sorte de pelloche. Quand il a eu l’âge de rester seul au cinéma, ce sont les ouvreuses qui se sont occupées de lui. Tobe voit deux trois films par jour et confesse sans peine être plus en phase avec les fictions que sa propre réalité. Etrange exutoire. Logique des événements : il emprunte la caméra familiale (une Super 8) à trois ans et commence à recréer des petites scènes via le support filmique.
Son premier gros succès sera
Massacre à la Tronçonneuse. La genèse ? Un ami lui conseille d’aller jeter un œil au ciné-club de sa fac où il passe
La nuit des morts vivants, de George Romero dans une copie en noir et blanc, en 16mm. Tobe découvre alors qu’au cinéma, il est possible de faire très peur aux gens. Ce soir-là, ils observent les gens autour de lui en train de délirer. L’époque est propice à la peur et au climat parano, en plein pendant le scandale du Watergate, une époque où les politiciens et les médias ne disaient pas nécessairement la vérité. C’est paradoxalement à cet instant qu’il perd ses illusions : «Les jeunes de ma génération étaient soit désillusionnés soit déterminés à faire changer les choses.
Massacre à la tronçonneuse est par la suite devenu une métaphore cinématographique de la conjoncture de l’époque.» L’objectif ? Réaliser cru et vrai pour rendre les gens plus lucides.
La genèse de ce sacre à la tronçonneuse ? Un jour, toute l’histoire a pris forme. Tout est devenu limpide et en quelques minutes, l’affaire était bouclée. Alors qu’à Noël, il fait la queue dans un grand magasin, il est entouré par la foule. A ce moment-là, il se demande comment s’exiler de cette masse et reluque en même temps une série de tronçonneuses exposées : «je me suis dit que si je démarrais un de ses engins, tout le monde me laisserait passer car on peut tuer, et puis surtout à cause du bruit qui est assourdissant. Le rendu était d’un réalisme bien plus étourdissant que si j’avais utilisé un effet musical (le film ne fonctionne effectivement que sur des bruits). La tronçonneuse fait à elle seule son effet.» Bien entendu, ce n’est pas sa seule source d’inspiration.
Ed Gein, le fameux boucher, en est une, incontestablement : «J’avais de la famille dans le Wiscontin à une trentaine de kilomètres de là où vivait Ed Gein. C’était un cannibale, je crois qu’il a tué une ou deux personnes mais il déterrait surtout des cadavres. Il recouvrait ses fauteuils avec de la peau humaine. Ma famille s’amusait à me faire peur en me racontant cette histoire.» Outre le frisson procuré, c’est bien entendu l’aspect véridique, authentique, cruellement vériste.